L’Université Officielle de Bukavu (UOB) a organisé, ce mercredi 11 mars 2026 sur son campus de Karhale, une conférence scientifique consacrée à la gestion des déchets solides et à la restauration des sites publics, dans un contexte marqué par la multiplication des risques environnementaux dans la ville de Bukavu.
Placée sous le thème « Gestion des déchets solides et restauration des sites publics : actions et initiatives contre les glissements de terrain à Bukavu », cette activité visait à sensibiliser la communauté estudiantine et scientifique sur les enjeux liés à l’assainissement urbain. Elle s’inscrit dans le cadre du mois de plaidoyer « Bukavu Ville Verte », une initiative de la Coopération Suisse.
Dans son discours d’ouverture, le recteur intérimaire de l’UOB, le professeur Munenge Mudage Florent, a souligné que cette conférence constitue une opportunité importante pour réfléchir collectivement aux défis environnementaux auxquels la ville est confrontée.
Il a également salué l’accompagnement de la Coopération suisse dans le renforcement des capacités scientifiques de l’université.
« Nous tenons particulièrement à saluer l’appui précieux de la Coopération suisse en faveur de notre institution, notamment à travers l’octroi de matériels destinés à l’équipement du laboratoire de géotechnique, qui renforce aujourd’hui les capacités de recherche et de formation de nos étudiants et chercheurs », a-t-il déclaré.
Selon lui, cette rencontre vise à créer un cadre d’échanges scientifiques et de dialogue entre chercheurs, étudiants, décideurs publics et acteurs de la société civile afin d’identifier des solutions durables pour une meilleure gestion de l’environnement urbain.
Au cours de cette conférence présidée par le domaine des sciences et technologies de l’UOB, plusieurs experts ont présenté des communications sur les défis environnementaux auxquels fait face la ville de Bukavu.
Intervenant sur l’état de la restauration du couvert végétal dans certains sites publics, notamment dans le micro-bassin Elakat et sur la colline UOB–ISDR, le professeur Balezi Zihalirwa a indiqué que la ville a perdu une grande partie de son couvert végétal depuis les années 1990.
Selon lui, l’urbanisation anarchique a progressivement conduit à la disparition d’espaces verts et à l’occupation de plusieurs sites publics par des constructions.
Les chercheurs ont également relevé plusieurs facteurs aggravant la crise de gestion des déchets dans la ville, notamment le manque de dépotoirs publics, l’absence d’une politique claire de gestion des déchets, le manque de planification urbaine tenant compte de la croissance démographique, la faible implication des autorités et des parties prenantes.
Les données scientifiques présentées lors de cette conférence illustrent l’ampleur du problème. Selon une étude évoquée par les chercheurs, menée auprès de 756 ménages dont 288 enquêtés, chaque habitant de Bukavu produirait en moyenne 0,3 kilogramme de déchets par jour.
Une autre étude présentée par le professeur Cikwanine Kasigwa estime que la ville produit environ 487,74 tonnes de déchets ménagers par jour.
Par ailleurs, 83,15 % des habitants ne sont pas abonnés aux associations de collecte des déchets, ce qui entraîne le rejet d’environ 405,56 tonnes de déchets dans la nature, aggravant ainsi l’insalubrité et les risques environnementaux.
Les experts ont également établi un lien entre la gestion des déchets et les phénomènes d’érosion et de glissements de terrain observés dans la ville.
Selon le docteur Ilombe Mawe Guy, une quantité importante de déchets est déversée dans les 83 ravins recensés à Bukavu, contribuant à accentuer l’érosion.
De son côté, le professeur Toussaint Mugaruka Bibentyo a expliqué que les glissements de terrain sont un phénomène naturel, mais que la surcharge des sols par les déchets peut favoriser leur apparition et amplifier leurs impacts.
Pour améliorer la situation, le professeur Alex Lina Aleke a proposé plusieurs pistes de solutions, notamment renforcer la sensibilisation sur la gestion des déchets, remettre la question de l’assainissement urbain au centre des débats publics, construire des centres ou stations d’épuration, impliquer davantage les autorités et les communautés locales, doter la ville d’infrastructures adaptées, notamment des dépotoirs publics.
Les étudiants présents ont salué la qualité des échanges et ont exprimé leur volonté de s’impliquer dans la protection de l’environnement.
« Je m’engage à faire une bonne gestion des déchets en commençant par ma propre maison. Je vais également sensibiliser d’autres étudiants », a déclaré Lukogo Buhekenya Rachel, étudiante en deuxième année de master en production végétale.
De son côté, Nathanaël Miruho, porte-parole des étudiants de l’UOB, a exprimé son souhait de voir les recommandations issues de cette conférence mises en œuvre.
« Nous envisageons de lancer une initiative appelée “UOB Verte”. Nous nous engageons à assainir notre université en mettant en pratique les connaissances acquises lors de cette conférence », a-t-il affirmé.
La rencontre s’est clôturée par une séance de questions-réponses et par la formulation de plusieurs recommandations.
Les représentants de la Coopération suisse ont salué l’implication des participants et ont encouragé la poursuite des initiatives locales en faveur de la protection de l’environnement.
Cette activité s’inscrit dans la dynamique du « Mois vert », une campagne de sensibilisation visant à mobiliser les habitants de Bukavu autour de la protection de l’environnement, de la gestion durable des déchets et de la restauration des espaces verts dans la ville.

