À Bukavu, des produits essentiels à la santé, comme des bandes hygiéniques et des médicaments, notamment les antibiotiques, sont régulièrement exposés dans les rues, sous le soleil ou parfois sous la pluie. Une pratique banalisée qui comporte des risques graves pour la santé des femmes et l’efficacité des traitements médicaux.
Selon un constat de la rédaction de La Prunelle RDC, cette exposition est visible dans les marchés et le long des routes, où des filles et des femmes vendent des bandes hygiéniques et des « sot » contenant des médicaments, communément appelés « Bumbaphar », signifiant pharmacie dans le sot.
Pour comprendre les dangers de cette pratique, La Prunelle RDC a interrogé Josué Ciga, médecin généraliste. Selon lui, l’exposition à la chaleur, au froid ou au soleil entraîne une détérioration des produits :
« Quand ces bandes hygiéniques sont mal conservées ou exposées au soleil, leurs matériaux se dégradent, favorisant la prolifération de bactéries et de champignons. Leur capacité d’absorption diminue, provoquant infections, irritations et troubles gynécologiques. Quant aux médicaments, en particulier les antibiotiques, leur efficacité diminue, les doses ne produisent plus l’effet attendu et peuvent entraîner des échecs thérapeutiques ou contribuer à la résistance aux antibiotiques, un problème majeur de santé publique. »
Pour le médecin, les conséquences dépassent la santé : elles sont sociales et économiques, entraînant des dépenses supplémentaires, des absences au travail ou à l’école, une méfiance envers les soins médicaux et un impact accru sur les femmes, les enfants et les personnes vulnérables.
Il pointe également du doigt l’absence de normes strictes de stockage dans les marchés et les pharmacies non réglementées, ainsi que la méconnaissance des risques par la population :
« Si la population était mieux informée, elle n’achèterait pas de médicaments dans la rue. Certaines personnes disent que les hôpitaux et pharmacies sont chers, mais ces structures existent pour offrir des produits de qualité, correctement conservés. »
Josué Ciga appelle les autorités à renforcer les contrôles sanitaires, interdire la vente ambulante de médicaments et sensibiliser la population dans les marchés. Il recommande aux consommateurs d’éviter l’achat de produits exposés au soleil, de lire les notices, de privilégier les pharmacies reconnues et de signaler les abus.
L’exposition des produits sanitaires à Bukavu reste un enjeu majeur de santé publique. Tant que cette pratique perdurera, les risques d’infections, de traitements inefficaces et de complications médicales resteront élevés. Selon les experts, protéger ces produits, c’est protéger des vies, une responsabilité partagée entre autorités, vendeurs et consommateurs.

