La fermeture de la célèbre maison close « Chez Demta », située sur Essence Major-Vangu à Bukavu, soulève de nombreuses interrogations sur l’avenir des professionnelles de sexe et la santé publique dans la ville. Depuis quelques années, l’espace emblématique avait été vendu forçant les travailleuses du sexe à se disperser vers d’autres maisons, comme « Chez Rumama » et « Chez JR ».
Mais la situation vient de changer. En ce mois de février 2026, l’espace « Chez Rumama » a été occupé par d’autres personnes, entrainant la démolition et l’expulsion des professionnelles de sexe. Certaines vivent encore dans des maisons de fortune avec leurs enfants, mais beaucoup se retrouvent désormais dans la rue. Cette situation soulève de sérieuses inquiétudes sur leur sécurité et leur avenir, ainsi que sur celui des clients qui fréquentaient ces espaces.
La question sanitaire devient également préoccupante : lorsqu’elles étaient concentrées dans des lieux identifiés, un suivi médical régulier était possible. Aujourd’hui, leur dispersion pourrait compliquer le contrôle des infections sexuellement transmissibles, dont le VIH.
« Chez Demta », un lieu historique en voie de disparition
Ouverte par la première femme qui a donné son nom à l’espace, « Chez Demta » a longtemps été un lieu emblématique pour les habitants et visiteurs de Bukavu. La maison accueillait de nombreuses professionnelles de sexe offrant leurs services à moindres coûts, dans une société conservatrice où le sexe restait un sujet tabou. La fermeture progressive de cet espace symbolique représente la fin d’une époque pour la vie nocturne de la ville.
Pour l’instant, certaines professionnelles de sexe continuent d’offrir un service minimum sur place, tandis que d’autres se sont installées dans des maisons moins fréquentées. Ce phénomène met en lumière le manque de contrôle étatique sur les maisons closes à Bukavu, alors que ces espaces existent dans toutes les communes, de Mashinji à Kadutu, Panzi et Bagira.
Face à cette situation, des habitants appellent l’État à encadrer et professionnaliser les maisons closes.
« Il faut que l’État organise un dépistage mensuel dans ces maisons pour éviter que les jeunes qui viennent s’y reposer ne soient victimes d’infections mortelles », soulignait en Janvier 2024 Wilondja, un résident d’Essence Major-Vangu.
Gentil, un autre habitant, insistait : « Parce que le besoin sera toujours là, il faut encadrer ces maisons closes qui n’encouragent pas l’exploitation des mineures. »
Dans d’autres pays, comme les Pays-Bas, les maisons closes sont régulées et génèrent même des revenus pour l’État tout en garantissant la sécurité des travailleuses du sexe. À Bukavu, où la prolifération des maisons de tolérance pose des risques sanitaires, l’absence de régulation expose les jeunes et les professionnelles du sexe à des dangers considérables.
Avec la vente des espaces et la dispersion des travailleuses du sexe, l’histoire de « Chez Demta » illustre un enjeu plus large : comment organiser et sécuriser ces lieux dans une ville conservatrice tout en protégeant les populations vulnérables ? Les débats restent ouverts entre habitants et autorités, face à un phénomène qui, bien qu’omniprésent, est souvent ignoré par les décideurs.

