À Bukavu, l’Université Évangélique en Afrique (UEA), en collaboration avec la Coopération Suisse, a organisé ce mercredi 18 mars 2026 une conférence dédiée à la gestion des déchets plastiques. Cette activité s’inscrit dans le cadre du « Mois vert », une initiative visant à promouvoir l’assainissement urbain et la restauration des espaces verts dans la ville.
Réunissant chercheurs, étudiants, autorités et acteurs de la Société Civile, cette conférence se voulait un espace d’échanges et de réflexion autour de solutions concrètes, innovantes et durables face à un défi environnemental devenu critique à Bukavu.
Dans son mot d’ouverture, la Rectrice de l’UEA, Fatouma Ngongo Kilongo, a dressé un tableau préoccupant de la situation environnementale locale. Elle a souligné que la gestion des déchets, en particulier plastiques, constitue aujourd’hui un défi majeur pour les villes, avec des conséquences directes sur la santé humaine et les écosystèmes.
« Les déchets plastiques ont des conséquences graves sur la santé humaine, les écosystèmes terrestres et aquatiques, et contribuent à la propagation des maladies hydriques et des infections liées à l’insalubrité », a-t-elle déclaré.
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Autrefois surnommée la « Suisse d’Afrique », Bukavu fait aujourd’hui face à une dégradation progressive de son environnement, marquée par l’accumulation des déchets dans plusieurs espaces publics.
Pour Thomas Jenatsch, Directeur de la Coopération Suisse, la réponse à cette crise passe par une implication collective.
« Il est essentiel que toutes les communautés soient impliquées : scientifiques, décideurs publics, organisations de la Société Civile, églises, femmes, jeunes et chaque citoyen. Ensemble, nous pouvons promouvoir des pratiques responsables et améliorer la salubrité de notre ville. »
Il a également salué l’essor du Mois vert, qui gagne progressivement en popularité à Bukavu, notamment à travers des actions concrètes comme le reboisement dans plusieurs quartiers.
Les autorités locales, de leur côté, multiplient les initiatives pour améliorer la gestion des déchets. Parmi elles, la tenue d’un dialogue avec les évacuateurs et la décision de fermer le site de décharge publique de Sauvage (dit Elakat), avec un projet de relocalisation à Mumosho, à une dizaine de kilomètres du centre-ville.
Les intervenants ont insisté sur le rôle clé des universités dans la recherche de solutions durables. Le professeur Kacho Karume a rappelé que l’UEA n’a pas attendu le Mois vert pour s’engager dans la gestion des déchets.
Il a mis en avant trois étapes essentielles pour une bonne prise en charge : la collecte, le tri et la transformation. Les déchets organiques, par exemple, peuvent être valorisés par compostage pour produire des engrais utiles à l’agriculture.
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Dans la même logique, Nabintu Ndusha a souligné que la transformation des déchets en biofertilisants représente une opportunité économique encore sous-exploitée à Bukavu, en raison notamment du manque d’information et de formation.
« Les déchets peuvent devenir un grand business, mais leur mauvaise gestion peut aussi engendrer des pollutions, surtout si le compost contient des substances toxiques », a-t-elle averti.
Elle a par ailleurs évoqué les équipements dont dispose l’université, notamment un composteur électrique et des laboratoires dédiés à la valorisation des déchets.
Les participants ont salué l’initiative, à l’image de Innocent Zagabe, qui a exprimé sa reconnaissance envers la coopération suisse pour son appui au Mois vert.
De son côté, le Professeur Gustave Mushagalusa, ancien Recteur de l’UEA et l’un des orateurs, a insisté sur la nécessité d’impliquer davantage les femmes dans les activités d’assainissement, compte tenu de leur rôle central dans la gestion quotidienne des déchets.
Enfin, le professeur Nsimire Azyne a rappelé que les déchets ne doivent plus être perçus uniquement comme une contrainte, mais comme une ressource stratégique à valoriser, à l’intersection de l’agriculture, de la santé publique et du développement durable.
À travers cette conférence, l’UEA et ses partenaires entendent renforcer une dynamique collective en faveur d’un environnement sain à Bukavu. Le Mois vert apparaît ainsi comme une opportunité majeure pour sensibiliser la population, encourager les bonnes pratiques et promouvoir des solutions locales face à la problématique des déchets.

