À Bukavu, au Sud-Kivu, là où les déchets organiques sont souvent perçus comme une nuisance dont il faut se débarrasser, Joëlla Buhendwa a fait un choix audacieux : elle a décidé d’y voir une richesse. Là où beaucoup voient de la saleté, elle a découvert une opportunité. Son arme ? La mouche soldat noire, un insecte capable de transformer les déchets en ressources utiles, écologiques et rentables.
Fondatrice d’AstiFerme, Joëlla a bâti une entreprise innovante qui transforme les résidus alimentaires en biogaz, en engrais organique (frass), en huile cosmétique issue des larves, ainsi qu’en aliments pour les poules, les porcs et les poissons. Un modèle d’économie circulaire qui réduit l’insalubrité urbaine, limite la pollution et crée de la valeur pour la communauté.
Joëlla appartient à cette génération de jeunes Congolais qui refusent d’attendre que les solutions viennent d’ailleurs. Elle agit, elle expérimente, elle construit. Formée en Maths-Physique au Collège Alfajiri, elle a acquis très tôt la rigueur scientifique et le goût de l’innovation. Elle est ensuite diplômée en Production végétale à l’Université Catholique de Bukavu (UCB), où elle a consacré son mémoire à l’élevage de la mouche soldat noire, cherchant à résoudre les défis techniques de cette filière émergente.
Son parcours prouve qu’il est possible de conjuguer recherche scientifique, entrepreneuriat et engagement communautaire.
En août 2019, une formation en dessin et design vient enrichir son profil, lui donnant des outils puissants pour la communication visuelle et la sensibilisation communautaire. En 2022, elle est formée par l’UNICEF RDC au fact-checking, à la gestion d’un web positif et à la création de contenus, devenant ainsi veilleuse du web dans la lutte contre la désinformation et la promotion des droits humains.
La même année, elle est élue vice-présidente du club U-Report Filles, où elle milite pour l’autonomisation des femmes, l’égalité de genre et la participation des jeunes filles aux espaces de décision. Elle est également sélectionnée comme alumni du YALI RLC, un programme de référence en leadership, entrepreneuriat et gouvernance.
Soucieuse de consolider son entreprise, Joëlla suit ensuite une formation spécialisée organisée par AALI–IITA pour perfectionner ses compétences dans l’élevage de la mouche soldat noire et renforcer la structuration d’AstiFerme.
Son audace finit par dépasser les frontières du Congo. En 2025, elle remporte le premier prix du Women in AG Award lors du salon Agritechnica en Allemagne, une reconnaissance internationale qui consacre son engagement pour l’agriculture durable, l’entrepreneuriat féminin et la valorisation des déchets.
« On me disait : toi, tu travailles avec les déchets, c’est répugnant, ce n’est pas un travail de femme. La société doutait de moi. Mais moi, je n’ai pas vu des ordures, j’ai vu de l’or », confie-t-elle.
Mais Joëlla ne s’arrête pas à l’économie verte. Elle est aussi Ambassadrice pour la paix et chargée de la gestion des conflits dans le quartier Nyalukemba. À travers ce rôle, elle sensibilise les jeunes à la cohésion sociale, au vivre-ensemble et à la prévention des conflits.
Aujourd’hui, elle a déjà formé et accompagné plus de 300 jeunes Ambassadeurs pour la paix, contribuant à bâtir une génération engagée, responsable et tournée vers l’avenir.
Le parcours de Joëlla Buhendwa est celui d’une jeune femme qui transforme les préjugés en leviers, les déchets en richesse et les défis en opportunités. À Bukavu, grâce à la mouche soldat noire, elle protège l’environnement, renforce l’économie locale et inspire toute une génération.
Brigitte Furaha

