À l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les mutilations génitales féminines (MGF), célébrée chaque 6 février, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) appelle à une action urgente pour freiner la médicalisation croissante de cette pratique, de plus en plus souvent réalisée par du personnel soignant.
Selon l’OMS, 52 millions de filles et de femmes vivaient en 2020 avec les conséquences de mutilations génitales féminines pratiquées par des professionnels de santé. Ce chiffre représente près d’un cas de MGF sur quatre, une proportion en hausse dans plusieurs régions du monde.
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Pour l’OMS, loin de réduire les risques, la médicalisation contribue à légitimer une pratique pourtant reconnue comme une grave violation des droits humains.
« Les mutilations génitales féminines constituent une grave violation des droits des filles et mettent gravement en danger leur santé », a déclaré la Dre Pascale Allotey, directrice du Département Santé sexuelle et reproductive de l’OMS. Elle rappelle que le secteur de la santé doit être un moteur de prévention, et non un acteur de cette violence.
Les MGF, généralement pratiquées sur des filles avant la puberté, regroupent toutes les interventions visant à altérer les organes génitaux féminins sans justification médicale. L’OMS souligne que leurs conséquences peuvent être durables, notamment des douleurs persistantes, des infections, des complications obstétricales et des troubles psychologiques.
Certaines études indiquent par ailleurs que lorsque les MGF sont pratiquées par des professionnels de santé, elles peuvent entraîner des lésions plus profondes, notamment en raison de l’utilisation d’instruments médicaux.
Face à ce constat, les nouvelles lignes directrices de l’OMS, intitulées The prevention of female genital mutilation and clinical management of complications, recommandent l’adoption de codes de conduite professionnels interdisant explicitement toute participation du personnel soignant aux MGF.
Ces directives insistent également sur la formation des soignantes et soignants afin qu’ils puissent refuser ces demandes et sensibiliser les familles aux risques immédiats et à long terme.
« Les soignantes et les soignants peuvent être des leaders d’opinion influents pour faire évoluer les attitudes à l’égard des MGF », souligne l’OMS, estimant leur rôle crucial, aux côtés des sages-femmes, infirmiers et médecins, pour accélérer l’abandon de cette pratique.
L’organisation note toutefois des avancées notables. Au Burkina Faso, en Sierra Leone et en Éthiopie, la prévalence des MGF chez les adolescentes de 15 à 19 ans a diminué respectivement de 50 %, 35 % et 30 % au cours des trente dernières années, grâce à des politiques publiques fermes, à l’application des lois et à la mobilisation communautaire.
À l’échelle mondiale, la probabilité pour une fille de subir des mutilations génitales féminines a été divisée par trois depuis 1990. Malgré ces progrès, l’OMS estime que près de 4 millions de filles restent exposées chaque année à ce risque, et que les MGF demeurent répandues dans une trentaine de pays.
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En cette journée internationale, l’OMS rappelle que l’élimination des mutilations génitales féminines passe par une action coordonnée : des lois effectives, un engagement politique fort, l’éducation des communautés – y compris des hommes et des garçons – et un système de santé pleinement mobilisé pour protéger les droits, la dignité et la santé des femmes et des filles.
Cette journée est célébrée cette année sous le thème : « Mettre fin aux mutilations génitales féminines d’ici à 2030 ».

