Au Sud-Kivu, la gastronomie congolaise apparaît comme un patrimoine vivant, à la croisée des traditions, des produits agricoles locaux et des innovations culinaires. À l’occasion de la Journée internationale de la gastronomie, célébrée chaque 13 avril, la question de sa valorisation se pose avec acuité dans une province pourtant riche en savoir-faire culinaire, mais encore peu structurée sur le plan gastronomique.
Dans un entretien accordé à la rédaction de La Prunelle RDC, Jean Lukamba, assistant et chercheur au département hôtellerie et restauration à l’Institut Supérieur Pédagogique de Bukavu (ISP), souligne que les produits agricoles locaux constituent une base essentielle pour développer une cuisine authentique et créative. Tomates fraîches, farine de manioc, légumes ou encore champignons de montagne offrent une diversité de saveurs propices à l’émergence de recettes typiques ancrées dans le terroir.
Selon lui, cette dynamique pourrait favoriser la reconnaissance des produits locaux à travers des mécanismes comme les appellations d’origine ou les indications géographiques protégées, tout en consolidant une identité culinaire régionale forte. Elle ouvre également des perspectives en matière de tourisme gastronomique et de création de plats emblématiques propres au Sud-Kivu.
Cependant, Jean Lukamba regrette l’absence d’un recensement exhaustif des spécialités culinaires congolaises, incluant leurs modes de préparation. Il note également que de nombreux restaurateurs, notamment au Sud-Kivu, n’intègrent pas encore suffisamment la diversité des recettes locales dans leurs menus, privilégiant souvent des spécialités étrangères.
Le chercheur met en avant l’importance des pratiques durables en cuisine. L’agriculture biologique et raisonnée permet d’améliorer la qualité des aliments, tandis que les circuits courts garantissent fraîcheur et traçabilité. Par ailleurs, des techniques modernes comme la cuisson sous vide, la fermentation ou la déshydratation contribuent à mieux valoriser les produits locaux.
Ces approches favorisent aussi la lutte contre le gaspillage alimentaire en exploitant les sous-produits, tout en mettant en valeur la diversité des textures, des couleurs et des variétés. Pour Jean Lukamba, cette synergie entre agriculture et cuisine constitue un levier essentiel pour une gastronomie responsable et durable, à condition d’intensifier la sensibilisation.
Malgré quelques initiatives portées par des hôtels de haut standing et certains événements culinaires, la promotion de la gastronomie congolaise reste limitée. Cette situation s’explique notamment par une forme d’aliénation culturelle et par l’absence de standardisation des recettes et des proportions, contrairement à d’autres cuisines mieux structurées à l’échelle internationale.
Le chercheur insiste sur le rôle multidimensionnel de la gastronomie. Au-delà du simple plaisir gustatif, elle contribue à préserver l’équilibre culturel entre générations, à structurer les sociétés et à stimuler l’économie. Elle influence également les modes de vie, les systèmes d’éducation et les pratiques alimentaires, tout en orientant les choix nutritionnels.
La Journée internationale de la gastronomie rappelle ainsi que la cuisine est bien plus qu’un art : elle est un vecteur de cohésion sociale, un moteur économique et une expression culturelle forte.
Au Sud-Kivu, malgré une richesse indéniable issue du terroir et des traditions, la gastronomie locale reste confrontée à plusieurs défis, notamment la faible structuration du secteur, le manque de promotion des mets traditionnels et la prédominance des cuisines étrangères.
Sa valorisation passe désormais par une meilleure organisation des acteurs, la documentation des recettes locales et une volonté affirmée de promouvoir une identité culinaire congolaise forte, capable de rayonner au-delà des frontières.
