Dans le territoire de Kabare, en province du Sud-Kivu, des milliers de personnes déplacées par la guerre vivent dans des conditions extrêmement précaires qui les exposent à de graves risques sanitaires. Le manque d’accès à l’eau potable, l’absence d’installations sanitaires adéquates et l’insalubrité grandissante plongent ces familles dans une situation humanitaire critique.
Selon plusieurs déplacés rencontrés par notre rédaction, l’accès à l’eau potable est l’un des plus grands défis du quotidien. Beaucoup sont contraints de parcourir plusieurs kilomètres pour puiser de l’eau dans des rivières, des marécages ou des sources non protégées, souvent partagées avec le bétail.
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« Nous buvons la même eau que les animaux. Nous savons que ce n’est pas bon pour notre santé, mais nous n’avons pas d’autre choix », confie une mère déplacée vivant dans un site d’accueil à Kabare.
Cette situation est aggravée par l’absence de points d’eau aménagés, de forages fonctionnels et de systèmes de traitement de l’eau. En conséquence, les ménages déplacés consomment une eau contaminée, favorisant la prolifération de maladies hydriques.
Outre le problème de l’eau, les déplacés sont confrontés à un manque criant de latrines et d’infrastructures d’assainissement. Dans plusieurs sites, les familles pratiquent la défécation à l’air libre, ce qui accentue la contamination de l’environnement et des sources d’eau.
Les rares latrines disponibles sont souvent surchargées, mal entretenues et insalubres, augmentant les risques d’infections et de maladies.
Cette situation a déjà entraîné une recrudescence de maladies liées à l’eau et à l’insalubrité. Parmi les pathologies les plus fréquemment signalées figurent : la diarrhée aiguë, particulièrement chez les enfants, la fièvre typhoïde, due à la consommation d’eau contaminée et le choléra, qui constitue une menace réelle en cas d’épidémie.
« Les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées sont les principales victimes de cette crise sanitaire. Chez les enfants, les cas de diarrhée répétée entraînent souvent une malnutrition sévère et un affaiblissement du système immunitaire », témoignent certains déplacés.
Les femmes enceintes, quant à elles, sont exposées à des complications liées aux infections et au manque d’hygiène, tandis que les personnes du troisième âge, souvent déjà fragiles, sont particulièrement vulnérables aux maladies hydriques.
Cette situation ne touche pas uniquement les familles déplacées. Les communautés d’accueil, déjà confrontées à leurs propres difficultés socio-économiques, subissent également les effets de cette crise sanitaire.
L’afflux massif de déplacés exerce une pression supplémentaire sur les ressources locales en eau, sur les infrastructures sanitaires et sur les structures de santé, qui étaient déjà insuffisantes avant la crise.
Face à cette situation alarmante, les représentants des déplacés lancent un appel pressant aux organisations humanitaires, aux ONG et aux personnes de bonne volonté.
Ils demandent l’installation de forages et points d’eau potable, la construction de latrines communautaires hygiéniques et la mise en place de programmes d’hygiène et d’assainissement (WASH).
Il faut rappeler que ces familles ont fui les affrontements opposant les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et leurs alliés au mouvement politico-militaire Alliance Fleuve Congo (AFC/M23), actif dans l’est de la RDC.
Ces combats, qui persistent dans plusieurs territoires voisins, ont provoqué des déplacements massifs de populations vers Kabare, accentuant une crise humanitaire déjà profonde dans la région.
Article produit dans le cadre du projet « Habari za Mahali ». Un projet du consortium RATECO, REMEL avec le soutien de Media4Dialogue de LaBenévolencia.

