Mois Vert : Daniel Alingilya, l’écologiste qui plante l’espoir à Bukavu

Daniel Kabunye

Alingilya Kabunye Daniel est un jeune écologiste engagé originaire de Bukavu, diplômé de l’Université Officielle de Bukavu et du programme Aspire Leaders de l’Aspire Institute affilié à Harvard. Chercheur à Science et Développement Durable Nature (SDDNature), secrétaire de la Synergie des Écologistes pour l’Environnement (SEED) et membre actif de la société civile environnementale, il s’illustre par des actions concrètes en faveur de la justice sociale et environnementale. Son engagement, nourri dès l’enfance, s’inscrit dans un contexte urbain marqué par les catastrophes naturelles et la vulnérabilité des communautés. À travers ses initiatives, il fait germer un espoir durable à Bukavu.

Un matin de 2025, dans la cour de l’école primaire EP Camp-Cinéma à Kadutu, de petites mains s’activent autour de jeunes plantules. Au milieu des élèves, Daniel Kabunye, sourire aux lèvres, montre comment manipuler délicatement les pousses. Ici, dans cette pépinière communautaire d’amitié initiée avec le mouvement ATD Quart Monde, plus de dix mille arbres ont déjà vu le jour. Pour ces enfants comme pour leur encadreur, chaque plant mis en terre est une promesse d’avenir pour Bukavu.

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Né et grandi à Bukavu, Daniel Kabunye découvre très tôt son attachement à la nature. À l’école primaire, un enseignant initie sa classe à la plantation d’arbres fruitiers, éveillant chez lui une sensibilité écologique durable.

C’est toutefois au secondaire, à l’Institut Technique Fundi Maendeleo (ITFM), que son engagement prend une dimension plus concrète. Confronté aux catastrophes naturelles qui menacent son école et sa communauté, il décide de s’impliquer activement dans des actions environnementales.

Son parcours académique le conduit à l’Université Officielle de Bukavu, avant de rejoindre le programme Aspire Leaders de l’Aspire Institute, affilié à Harvard. Parallèlement, il s’engage dans plusieurs organisations, dont ATD Quart Monde, SDDNature, SEED et Greenpeace Afrique, consolidant ainsi une trajectoire mêlant formation et action.

À Bukavu, ville régulièrement frappée par les éboulements, les incendies et la pollution, l’engagement écologique se heurte à de nombreuses résistances.

Daniel Kabunye en fait l’expérience sur le terrain : des passants arrachent des plantules par crainte que les arbres ne servent de cachette à l’insécurité, tandis que certaines victimes d’éboulements refusent le reboisement, redoutant de perdre leurs parcelles.

Face à ces obstacles, il privilégie le dialogue, la médiation et l’implication des autorités locales. Une approche qui lui permet, progressivement, de transformer la méfiance en adhésion communautaire.

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Aujourd’hui chercheur à SDDNature et secrétaire de la SEED, Daniel Kabunye multiplie les initiatives en faveur de l’environnement.

Il mène des campagnes de reboisement, organise le ramassage des déchets plastiques dans le lac Kivu et conduit des actions de sensibilisation auprès des communautés. Avec ses pairs, il contribue également à la protection de l’habitat des gorilles de Grauer au Parc National de Kahuzi-Biega.

Ses actions concrètes, notamment la mise en place de pépinières communautaires, participent à la stabilisation des sols et au renforcement de la résilience des familles vulnérables.

Pour Daniel Kabunye, l’écologie ne peut être dissociée de la justice sociale.

« Nous avons tous le droit d’habiter dignement la terre », affirme-t-il, reprenant une pensée du Père Joseph Wresinski.

Convaincu que le changement passe par l’éducation, il encourage des gestes simples mais porteurs de sens, comme planter un arbre à chaque anniversaire. Il insiste également sur l’importance d’une éducation écologique dès l’enfance : « De la même façon que les parents enseignent à prier, ils devraient aussi inculquer ce devoir écologique. »

Dans sa communauté, Daniel est perçu comme un jeune porteur d’espoir. Ses initiatives inspirent d’autres jeunes à s’engager, notamment dans la collecte et la transformation des déchets.

Son rôle dans la mobilisation citoyenne est reconnu par les autorités locales, même si celles-ci peinent encore à assurer une application effective des textes légaux en matière de protection de l’environnement.

Daniel Kabunye rêve d’une Bukavu où chaque maison, chaque bus et chaque boutique disposerait de poubelles, au même titre qu’une lampe indispensable dans une habitation.

Il ambitionne de renforcer les campagnes de reboisement et de développer des projets éducatifs afin que les enfants grandissent avec une conscience écologique ancrée. À long terme, il aspire à voir émerger une véritable culture environnementale intégrée dans le quotidien des habitants.

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Pour Daniel Kabunye, l’environnement n’est pas un luxe, mais un droit fondamental.

« Nous devons coexister avec lui comme avec un ami que l’on aime et que l’on protège. »

À Bukavu, à travers chaque arbre planté, il continue de prouver que l’avenir se construit, patiemment, racine après racine.

Édith Kazamwali

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