Le bras de fer entre le Niger et le groupe nucléaire français Orano est entré dans une nouvelle phase judiciaire. Les autorités nigériennes ont annoncé, mercredi, la création d’un comité d’experts chargé de préparer des poursuites nationales et internationales contre l’ex-Areva, notamment sur les volets environnemental, sanitaire et fiscal.
La cérémonie d’installation du comité a été présidée par le ministre de la Justice, Alio Daouda, qui a affirmé que le gouvernement de transition entendait répondre fermement aux procédures engagées par Orano devant le Centre international de règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), où le groupe français conteste la nationalisation des ressources minières nigériennes.
Lire aussi : Niger–Algérie : le bloc pétrolier de Kafra au cœur d’un nouveau partenariat stratégique
Qualifiant les revendications d’Orano de prétention à une « soi-disant propriété minière », le ministre a indiqué que le Niger comptait désormais attaquer l’entreprise devant toutes les juridictions possibles, y compris à l’étranger, pour obtenir « condamnation et réparation des préjudices subis ».
Les missions du comité dépassent le cadre du contentieux commercial. Il devra notamment documenter les violations environnementales et sanitaires, liées à l’accumulation de déchets radioactifs et à leurs effets sur les populations locales, les irrégularités fiscales, concernant les redevances et la gestion financière de l’exploitation de l’uranium.
Le ministre a précisé que des poursuites pourraient être engagées jusque devant les tribunaux français, si nécessaire.
Cette offensive judiciaire s’appuie notamment sur une découverte faite le 2 décembre dernier dans le département d’Arlit : 400 fûts contenant des “carottes radioactives” ont été retrouvés sur un ancien site d’exploitation abandonné. Selon les autorités, le niveau de radiation y atteindrait 7 à 10 microsieverts par heure, soit jusqu’à 20 fois la norme admise (0,5 microsievert). Des analyses auraient également détecté des traces de bismuth 207 et de chrome X.
Pour Niamey, ces faits constituent une « mise en danger de la vie d’autrui » et une « atteinte à la santé des populations ».
Ce contentieux marque une rupture profonde entre le Niger et l’ex-Areva, qui a longtemps détenu le quasi-monopole de l’uranium nigérien. Depuis le changement de régime du 26 juillet 2023, la remise en cause des accords avec la France a placé le secteur minier au cœur de la bataille pour la souveraineté nationale.
À ce stade, Orano n’a pas encore réagi officiellement aux annonces de Niamey.

