Le décès tragique de la chanteuse d’opéra nigériane Ifunanya Nwangene, 26 ans, mordue par un cobra dans son appartement, a provoqué une onde de choc nationale et relancé le débat sur l’indisponibilité chronique des antivenins et les défaillances du système de santé au Nigeria.
Révélée par The Voice Nigeria en 2021, Ifunanya a été mordue pendant son sommeil, après l’intrusion du reptile dans son logement à Abuja, la capitale fédérale. Transportée d’urgence dans un établissement de santé, elle n’aurait pas pu recevoir à temps le sérum antivenimeux nécessaire, faute de stock disponible, selon ses proches et plusieurs médias locaux. Elle est décédée quelques heures plus tard.
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Au-delà de l’émotion, ce drame met en lumière une crise sanitaire largement ignorée. D’après le ministère nigérian de la Santé, le pays enregistre environ 20.000 morsures de serpent par an, causant près de 2.000 décès et des milliers d’amputations.
Les spécialistes dénoncent à la fois la pénurie et la mauvaise qualité des antivenins disponibles. La majorité des sérums utilisés au Nigeria est importée d’Inde et mal adaptée aux espèces locales.
« On ne trouve pas de serpents indiens ici. Si l’antivenin n’est pas conçu pour les venins locaux, son efficacité est fortement réduite », explique le Dr Balla, cité par TRT Afrika.
La situation est aggravée par des contraintes économiques : les antivenins sont coûteux, se conservent peu de temps et les hôpitaux hésitent à en stocker par crainte de pertes financières. Résultat, de nombreuses victimes — souvent issues de zones rurales — se tournent d’abord vers la médecine traditionnelle, perdant un temps précieux avant d’atteindre des structures médicales souvent dépourvues de traitements.
La mort d’Ifunanya rappelle aussi que les serpents ne sont plus confinés aux campagnes. L’urbanisation rapide, la destruction des habitats naturels et la prolifération des rongeurs attirent désormais ces reptiles dans les quartiers résidentiels.
« Les jardins urbains et la présence de rongeurs sont de véritables aimants à serpents », alerte le Dr Balla.
Face à cette crise, l’OMS et des experts nigérians appellent à une réforme en profondeur du dispositif national, reposant sur trois axes : la production locale d’antivenins adaptés aux espèces indigènes, l’obligation légale pour chaque centre de santé de disposer d’un stock minimal et le renforcement de la formation médicale sur la prise en charge des envenimations.
Pour la jeune artiste qui s’apprêtait à donner son premier concert solo, le rideau est tombé trop tôt. Mais sa disparition pourrait devenir le déclencheur d’un sursaut sanitaire, afin que plus aucun Nigérian ne meure d’une morsure que la médecine sait pourtant soigner.

