RDC : après la tragédie de Rubaya, Kinshasa et l’AFC-M23 s’accusent mutuellement sur les causes du drame

tragédie de Rubaya
le site minier de Luwowo, à Rubaya,

Au moins 200 personnes, majoritairement des creuseurs artisanaux, parmi lesquels des femmes et des enfants, ont perdu la vie dans un éboulement de terre survenu jeudi 29 janvier 2026 sur le site minier de Luwowo, à Rubaya, dans le territoire de Masisi (Nord-Kivu). Le drame a aussitôt donné lieu à une guerre de communiqués entre le Gouvernement congolais et la rébellion AFC-M23, chacun rejetant sur l’autre la responsabilité de la catastrophe.

Dans un communiqué publié samedi 31 janvier 2026, le Gouvernement de la République démocratique du Congo dit exprimer sa « profonde compassion » aux familles endeuillées, mais accuse directement le Rwanda et le groupe rebelle AFC-M23 d’être à l’origine indirecte du drame, en raison de l’exploitation minière « sauvage » et « illégale » menée, selon Kinshasa, dans cette zone pourtant formellement interdite.

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Les autorités congolaises rappellent que Rubaya est classée « zone rouge » par arrêté ministériel, ce qui interdit toute activité minière et toute commercialisation des substances minérales, y compris artisanale. Toute exploitation qui s’y poursuit se fait donc, selon le Gouvernement, en violation de la loi et sans aucune norme de sécurité, exposant gravement les populations civiles.

Kinshasa souligne que ce nouvel éboulement s’inscrit dans une série de tragédies similaires, rappelant notamment qu’en juin 2025, plus de 300 civils avaient déjà péri dans la même zone, sous occupation armée. Pour le Gouvernement, ces drames traduisent un schéma récurrent de mise en danger des civils dans un territoire échappant au contrôle de l’État.

Dans son communiqué, l’Exécutif congolais va plus loin en dénonçant un système structuré de pillage des ressources naturelles. Il affirme que entre 112 et 125 tonnes de coltan seraient extraites chaque mois à Rubaya et acheminées exclusivement vers le Rwanda. Kinshasa relie cette exploitation à l’augmentation de plus de 200 % des exportations de coltan du Rwanda entre janvier et juin 2025, une hausse jugée incompatible avec les réserves naturelles connues de ce pays.

Selon le Gouvernement, cette filière alimente « une économie de guerre », tout en contournant les mécanismes régionaux et internationaux de traçabilité, notamment les dispositifs ITRI/ITA et le mécanisme de certification de la CIRGL, accusés de n’avoir pas empêché la certification frauduleuse de minerais issus de zones interdites.

Kinshasa invoque par ailleurs le droit international humanitaire, citant la Convention de La Haye de 1907, la Quatrième Convention de Genève de 1949 et le Statut de Rome de la Cour pénale internationale, qui qualifient le pillage des ressources et les atteintes graves aux civils de crimes de guerre.

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Tout en réaffirmant son engagement dans les Accords de Washington et le processus de Doha, le Gouvernement estime que la recherche de la paix « ne saurait en aucun cas justifier l’impunité », et appelle la communauté internationale à prendre toute la mesure de ce drame, qu’il lie directement à l’occupation armée et à l’exploitation illégale des ressources dans l’Est de la RDC.

De son côté, l’Alliance Fleuve Congo – Mouvement du 23 Mars (AFC-M23) rejette ces accusations dans un communiqué publié le 1er février 2026 à Goma et signé par Lawrence Kanyuka, au nom du département de la communication du mouvement. La rébellion parle d’une « instrumentalisation politique » d’un accident causé par des pluies diluviennes dans les mines artisanales de Rubaya, et accuse le régime de Kinshasa de chercher à masquer son propre bilan dans la gestion du secteur minier.

Pour étayer sa position, l’AFC-M23 dresse une longue liste de catastrophes minières survenues entre 2015 et 2025 dans différentes provinces sous administration de l’État congolais, notamment à Mabaya (Haut-Katanga), Kolwezi et Tenke Fungurume (Lualaba), Fizi, Niyabibwe et Kamituga (Sud-Kivu), Kampene (Maniema), Ndiyo (Ituri), Kasongo (Maniema), Bondo (Bas-Uélé), Tshikapa (Kasaï) ainsi qu’à Nyamukubi et Bushushu en 2023, où plus de 500 personnes avaient péri. La rébellion évoque aussi l’effondrement de la mine de Kalando (Lualaba) en novembre 2025, qui aurait fait entre 30 et 40 morts.

Selon l’AFC-M23, ces drames démontrent une « gestion défaillante, négligente et mortifère » des mines artisanales par les autorités de Kinshasa. Le mouvement appelle le Gouvernement à lancer un audit sérieux, indépendant et transparent de sa gouvernance, notamment dans les secteurs minier, de la gestion des inondations et de l’assainissement.

Tout en niant toute responsabilité directe dans l’éboulement de Rubaya, l’AFC-M23 dit déplorer avec une immense tristesse la mort de ces Congolais contraints, selon lui, de travailler dans des conditions dangereuses faute d’emplois et d’opportunités économiques. Le mouvement affirme avoir pris en charge les blessés, évacué les cas graves vers l’Hôpital général de référence de Goma, et apporté son soutien à l’inhumation des victimes.

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Alors que les familles pleurent leurs morts et que le bilan humain reste lourd, la tragédie de Rubaya met une nouvelle fois en lumière la dangerosité de l’exploitation minière artisanale dans l’Est de la RDC, mais aussi la profonde fracture politique et militaire qui oppose Kinshasa et les groupes armés autour du contrôle des ressources naturelles stratégiques du Nord-Kivu.

Freddy Ruvunangiza et Jean-Luc M.

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