Au Sud-Kivu, dans un contexte marqué par les effets du changement climatique et les défis de sécurité alimentaire, la recherche agronomique s’impose comme un levier essentiel d’adaptation. À INERA Mulungu, des scientifiques développent actuellement des variétés de haricots dites « climato-intelligentes », capables de s’adapter aux aléas climatiques tout en améliorant la productivité agricole.
Cultivées sous serre et encore en phase expérimentale, ces nouvelles variétés promettent une croissance plus rapide, une meilleure résistance aux maladies et une réduction du temps de cuisson, un atout majeur pour les ménages.
Cette initiative pourrait, à terme, renforcer la résilience des systèmes agricoles et contribuer à la lutte contre la déforestation, dans une région où le haricot constitue un aliment de base incontournable.
Dans une interview accordée à la rédaction centrale de La Prunelle RDC, René Bagalwa explique que des essais sont en cours dans des serres expérimentales partiellement couvertes. Ces installations offrent un environnement contrôlé permettant de tester plusieurs variétés.

Quatre variétés de haricots climato-intelligents sont actuellement à l’étude, avec pour objectif d’améliorer la résilience agricole face aux changements climatiques.
Dans une province où la sécurité alimentaire est presque critique et où l’agriculture reste pratiquée à petite échelle, cette innovation apparaît comme une réponse concrète aux besoins des populations.
« Si vous regardez très bien, à un certain moment des années passées, nous cultivions des haricots qui pouvaient prendre même six mois au-delà. Aujourd’hui, avec les haricots développés par l’INERA, il y en a qui prennent trois mois. Nous ne sommes plus à cet état où il fallait cultiver uniquement pendant la saison sèche. Nous cherchons à réduire la durée de culture et à adapter les variétés aux milieux pour faciliter leur croissance », explique René Bagalwa.
Les agriculteurs commencent déjà à bénéficier de ces avancées grâce à la diffusion de semences améliorées dans plusieurs villages.
Certaines variétés, comme HN21, sont actuellement cultivées par des producteurs ayant adopté ces semences issues des programmes de vulgarisation de l’INERA. Elles présentent une résistance accrue aux maladies, une meilleure tolérance aux aléas climatiques, une capacité à supporter l’excès d’eau et les fortes chaleurs
Contrairement aux années passées, où des pluies abondantes pouvaient détruire les cultures, ces nouvelles variétés permettent aujourd’hui de sécuriser la production et d’améliorer les rendements.
Les recherches portent sur l’évaluation de quatre variétés cultivées en serre, dans plus de 100 bassins représentant chacun une parcelle expérimentale.
Ces environnements contrôlés permettent d’analyser la résistance des plants aux stress physiques, indépendamment des conditions naturelles de pluie et d’ensoleillement.
Les chercheurs suivent l’évolution des cultures du semis à la récolte afin d’évaluer le rendement, la qualité nutritionnelle, la teneur en fer et en zinc
L’objectif est d’identifier des variétés à la fois productives et nutritives.
Selon René Bagalwa, ces recherches visent également à réduire la pression sur les ressources naturelles.
« L’objectif est aussi de réduire la consommation de bois et de charbon, de mieux gérer le temps et de promouvoir l’agroécologie. Moins de temps de cuisson signifie moins de bois utilisé, ce qui contribue à limiter la déforestation et à répondre aux défis liés aux changements climatiques. »
Une fois les résultats validés, les variétés seront multipliées dans les champs pilotes de l’INERA, puis diffusées auprès des associations paysannes.
Cette vulgarisation permettra aux agriculteurs d’accéder à des semences améliorées, résistantes et plus rapides à cuire.
Les haricots restent un aliment de base largement consommé dans la région. Les variétés améliorées, plus rapides à cuire, permettent de réduire l’utilisation du bois et du charbon.
Leur production, majoritairement assurée par les femmes, repose également sur un système de partage et de multiplication des semences, favorisant leur diffusion au sein des communautés.
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Au Sud-Kivu, les légumineuses, en particulier les haricots, occupent une place essentielle dans l’alimentation et l’économie des ménages.
Grâce aux recherches en cours et aux variétés améliorées, elles deviennent plus productives, plus nutritives, mieux adaptées aux conditions climatiques.
Au-delà de leur valeur alimentaire, elles contribuent à la sécurité alimentaire, à la protection de l’environnement et à la valorisation du savoir-faire agricole local.
