Sud-Kivu : le Centre d’Excellence Denis Mukwege condamne des violences infligées à une femme en post-partum après une vidéo virale

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Le Centre d’Excellence Denis Mukwege (CEDM) de l’Université Évangélique en Afrique (UEA) a exprimé, vendredi 27 mars 2026, sa « profonde indignation » après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo montrant un médecin en train d’exercer des violences physiques et verbales sur une femme en post-partum, tout en portant atteinte à sa dignité.

Selon cette déclaration officielle, la séquence jugée « insoutenable » montre un praticien giflant une patiente, l’humiliant verbalement et la filmant nue, sous prétexte qu’elle aurait refusé une réparation du périnée. Pour le CEDM, ces faits constituent un cas manifeste de violences gynécologiques et obstétricales (VGO), combinant violences physiques, psychologiques et atteinte grave à la dignité humaine.

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Le centre, engagé dans la lutte contre ces violences à travers le projet Heshima Kwa Mwanamuke, dénonce un acte « d’une extrême gravité » et adresse ses compassions à la victime. Il rappelle que l’accouchement devrait être « un moment de joie, d’amour et d’accompagnement », et non un espace de maltraitance, soulignant qu’un professionnel de santé « censé être garant de la vie s’est transformé en bourreau ».

Le CEDM insiste sur le fait que ces agissements dépassent la faute professionnelle pour constituer des violations flagrantes des droits humains et des lois en vigueur en République démocratique du Congo.

Il cite notamment la violation de l’article 34 de la Constitution, qui interdit tout traitement cruel, inhumain ou dégradant. Le fait de filmer une patiente nue est également dénoncé comme une atteinte grave à la vie privée, au secret médical ainsi qu’aux principes fondamentaux de consentement et de confidentialité.

Le centre rappelle en outre que le refus de soins est un droit fondamental du patient. Sanctionner une femme pour avoir exercé ce droit constitue, selon lui, une négation du principe du consentement éclairé, pilier des soins respectueux centrés sur la personne. Il évoque également une violation des règles d’éthique, de moralité et de dignité imposées par le Règlement intérieur de l’Ordre des médecins.

Au-delà de ce cas, le CEDM alerte sur l’ampleur des violences gynécologiques et obstétricales dans la province du Sud-Kivu, évoquant des données issues de ses recherches. Plus de 80 % des femmes ne signalent pas les violences subies, les sage-femmes et médecins sont cités comme auteurs dans 56 à 87 % des cas selon les types de violences, l’accouchement constitue le moment le plus critique (65 à 100 % des cas), 26,6 % des femmes ne reconnaissent pas ces actes comme des violences.

Pour le centre, cet incident « ne constitue que la partie visible d’un phénomène systémique » qui fragilise la confiance des populations envers le système de santé et dissuade les femmes de fréquenter les structures sanitaires, mettant ainsi leur vie en danger.

Face à la gravité des faits, le Centre d’Excellence Denis Mukwege appelle à l’ouverture d’enquêtes « transparentes » afin d’identifier et sanctionner les responsables conformément à la loi.

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Parmi ses recommandations : l’identification rapide du praticien par le Conseil national de l’Ordre des médecins et l’engagement de poursuites disciplinaires pouvant aller jusqu’à la radiation, la saisine urgente des autorités judiciaires, la priorisation de la lutte contre les VGO par le gouvernement en tant qu’enjeu de santé publique, la mobilisation des organisations de la société civile et des ONG pour défendre la dignité des femmes.

Le CEDM réaffirme enfin son engagement, amorcé depuis 2022 à travers des recherches puis des actions concrètes de prévention depuis 2025, pour garantir à chaque femme en RDC des soins respectueux fondés sur la dignité, le consentement et les droits humains.

Jean-Luc M.

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