Goma : étouffée par la chaleur, la ville au pied des volcans face à un double défi climatique et environnemental

Ville de Goma Nord-Kivu

À Goma, la chaleur s’impose de plus en plus dans le quotidien des habitants. Les températures, jugées particulièrement élevées aussi bien le jour que la nuit, poussent de nombreuses familles à dormir fenêtres ouvertes à la recherche d’un peu de fraîcheur. Pour le spécialiste du climat Patient Shamanvu, ce phénomène doit être analysé à la fois à l’échelle mondiale, avec le changement climatique, et au niveau local, où la déforestation et la pression environnementale aggravent la situation.

Dans les rues comme dans les foyers, la chaleur est devenue un sujet récurrent. Certaines nuits, des habitants disent avoir du mal à dormir en raison de la sensation d’étouffement et cherchent à améliorer la circulation de l’air en maintenant leurs fenêtres ouvertes.

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Pour tenter de comprendre cette évolution des conditions thermiques, La Prunelle RDC s’est entretenue avec Patient Shamanvu, spécialiste en situation climatique.

Selon lui, la hausse des températures observée à Goma s’inscrit d’abord dans le contexte plus large du changement climatique mondial. Les activités humaines et certaines activités naturelles contribuent à l’émission de gaz à effet de serre, notamment le dioxyde de carbone (CO₂) et le méthane (CH₄).

« La hausse de la température au niveau de la ville de Goma est liée au niveau mondial par le changement climatique, suite à la pollution de l’air et à l’émission de gaz à effet de serre, notamment le CO. Goma, étant une entité à part entière du monde entier, doit aussi être impactée », explique-t-il.

Des saisons de plus en plus difficiles à prévoir

Cette évolution du climat perturbe également les repères saisonniers habituels, estime le spécialiste.

Le mois de septembre correspond traditionnellement au début de la saison des pluies dans la région, mais les variations observées dans les conditions météorologiques rendent ces repères moins prévisibles pour les populations.

Pour Patient Shamanvu, les facteurs globaux ne suffisent toutefois pas à expliquer la situation particulière de Goma. Les transformations environnementales observées autour de la ville jouent également un rôle dans son microclimat.

La pression des déplacements sur les espaces naturels

La crise sécuritaire dans les provinces voisines a entraîné d’importants déplacements de populations vers différents secteurs autour de Goma, notamment Nyiragongo, Mugunga, Bulengo et Nzulo.

L’installation de nombreuses familles dans ces zones a accentué la pression exercée sur les ressources naturelles. La recherche de bois de chauffe et de braise, ainsi que les besoins liés à l’installation des abris, ont contribué à la dégradation de certains espaces autrefois davantage végétalisés.

Cette déforestation constitue, selon Patient Shamanvu, un facteur aggravant au niveau local.

« À l’échelle très locale, en prenant Goma comme un microclimat, on peut dire que cette hausse de la température est aussi due à la déforestation du poumon de la ville, qui est le territoire de Nyiragongo et le parc », explique-t-il.

Il estime que la réduction de la couverture végétale, combinée à l’augmentation des émissions de gaz, contribue à un déséquilibre environnemental susceptible d’accentuer la sensation de chaleur dans la région.

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Le lac Kivu également évoqué

Le spécialiste évoque par ailleurs le lac Kivu comme un autre élément à prendre en compte dans l’analyse du microclimat de Goma.

Il avance que la présence de gaz dissous, notamment le méthane et le dioxyde de carbone, et les échanges entre les différentes profondeurs du lac constituent des facteurs environnementaux importants à considérer.

Selon cette analyse, les modifications des mécanismes d’échanges entre les eaux pourraient avoir des conséquences sur l’évaporation et, par conséquent, sur les conditions microclimatiques autour de Goma.

Cette explication, qui mérite d’être davantage documentée par des données scientifiques locales, s’ajoute aux facteurs climatiques et environnementaux déjà évoqués.

Une double pression climatique et environnementale

Entre l’évolution du climat mondial et la dégradation de certains espaces naturels autour de la ville, Goma fait ainsi face à une double pression climatique et environnementale.

La croissance démographique liée notamment aux déplacements de populations exerce une pression supplémentaire sur les forêts, tandis que les besoins en énergie domestique favorisent l’utilisation du bois et du charbon de bois.

Pour les habitants, les conséquences sont directement perceptibles dans leur quotidien : chaleur persistante, nuits difficiles et inquiétudes sur l’évolution des saisons.

Cette situation relance ainsi le débat sur la nécessité de renforcer les politiques de protection des espaces naturels, de reboisement, de gestion des ressources énergétiques et d’adaptation au changement climatique dans et autour de Goma.

Pour les acteurs environnementaux, la question ne consiste donc plus seulement à comprendre pourquoi la ville connaît des épisodes de forte chaleur, mais également à déterminer comment limiter les facteurs locaux susceptibles d’aggraver les effets du changement climatique.

Joseph Aciza

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