À l’occasion de la Journée mondiale de prévention du suicide, célébrée le 10 septembre, un psychologue de Goma alerte sur une hausse des cas de suicide au sein de la communauté et appelle à une prise en charge urgente et globale de la santé mentale. Pour Aaron Mbokani, cette situation traduit une détresse psychologique souvent invisible, aggravée notamment par les difficultés socio-économiques, l’isolement et la stigmatisation.
Dans un entretien accordé à La Prunelle RDC, le psychologue Aaron Mbokani estime que l’augmentation des situations suicidaires constitue un signal préoccupant pour la communauté.
Selon lui, derrière ces drames se trouvent souvent des personnes confrontées à une souffrance psychologique profonde, mais qui ne parviennent pas toujours à en parler ou à accéder à une aide appropriée.
« Il s’agit d’un problème de santé publique majeur qui nécessite une prise en charge urgente et globale », souligne-t-il.
Libérer la parole autour de la santé mentale
Pour prévenir les situations de crise, Aaron Mbokani recommande en premier lieu de renforcer la sensibilisation à la santé mentale et de lutter contre la stigmatisation.
Il estime nécessaire de créer un environnement dans lequel les personnes en souffrance peuvent parler de leurs difficultés sans être jugées. La déconstruction des tabous devrait ainsi permettre, selon lui, d’encourager davantage de personnes à rechercher de l’aide.
Le psychologue préconise également la mise en place de lignes d’écoute et de centres d’aide accessibles, capables d’offrir un accompagnement aux personnes confrontées à une détresse psychologique.
Former l’entourage à reconnaître les signaux d’alerte
La prévention passe également par la communauté, estime le psychologue.
Il recommande de former les proches, enseignants et acteurs sociaux afin qu’ils puissent mieux reconnaître les signes de détresse et orienter les personnes concernées vers des professionnels compétents.
Aaron Mbokani insiste également sur l’importance d’une prise en charge pluridisciplinaire, associant notamment psychologues, psychiatres et structures médicales.
« Ne pas rester seul »
Aux personnes qui traversent une période de profonde détresse, le psychologue recommande avant tout de ne pas rester seules.
Il les encourage à exprimer leurs émotions et leurs difficultés auprès d’une personne de confiance ou d’un professionnel de santé.
Selon lui, les périodes de crise peuvent évoluer et un accompagnement approprié peut permettre de traverser une situation difficile. Lorsqu’une personne a le sentiment que la situation est insurmontable, il conseille d’avancer progressivement et de se concentrer sur le présent plutôt que de se laisser submerger par l’avenir.
Consulter un spécialiste peut également offrir un espace sécurisé où la personne peut exprimer sa souffrance et bénéficier d’un accompagnement adapté.
L’entourage appelé à écouter sans minimiser
Les proches ont également un rôle important à jouer dans la prévention, estime Aron Mbokani.
Il leur recommande de privilégier une écoute active, en accordant toute leur attention à la personne en souffrance, sans l’interrompre ni minimiser ce qu’elle ressent.
Le psychologue déconseille notamment les phrases banalisantes telles que « ça va passer » ou « il y a pire ». Il encourage plutôt les proches à adopter une attitude bienveillante et à utiliser des paroles permettant à la personne de se sentir écoutée et comprise.
Il estime également qu’il n’est pas toujours nécessaire d’imposer immédiatement des solutions ou de donner des leçons. Il est préférable, selon lui, de laisser la personne s’exprimer à son propre rythme.
L’aide peut aussi être concrète : accompagner la personne vers un professionnel de santé ou simplement rester auprès d’elle lorsqu’elle traverse une période difficile.
Renforcer l’accès aux services de santé mentale
Face à la multiplication des situations de détresse psychologique, Aaron Mbokani appelle ainsi la communauté à renforcer l’écoute, la solidarité, la sensibilisation et l’accès aux services de santé mentale.
Pour lui, une meilleure prise en charge et une mobilisation de l’entourage peuvent contribuer à prévenir les drames et à permettre aux personnes en souffrance de bénéficier plus rapidement de l’aide dont elles ont besoin.
