Entrepreneuriat des jeunes à Bukavu : la résilience de Salomon Lubala, éleveur de lapins en temps de crise sécuritaire

Salomo Lubala

À Bukavu, dans un contexte marqué par l’insécurité persistante à l’Est de la République démocratique du Congo, Salomon Lubala incarne une jeunesse résiliente, optimiste et tournée vers l’avenir. Jeune entrepreneur engagé dans l’élevage des lapins, il fait preuve de courage et de détermination malgré les nombreuses difficultés liées à la crise sécuritaire et économique.

Passionné par les animaux depuis son plus jeune âge, Salomon a su transformer cette passion en activité génératrice de revenus. Licencié de l’Université Libre de Kisangani, il parvient aujourd’hui à subvenir à ses besoins et à soutenir certains membres de sa famille, grâce à son élevage.

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C’est en 2022, avec un capital de départ de 100 dollars américains, que Salomon se lance dans l’aventure. Sur cette somme, 76 dollars sont consacrés à la construction d’un clapier de sept loges, et 24 dollars à l’achat des reproducteurs – un mâle et deux femelles, à raison de 8 dollars par lapin.

les lapins

« La première motivation, c’est la passion. Je suis passionné des animaux et de l’élevage depuis que je suis petit. Je me suis dit que je pouvais aussi en faire un métier », explique-t-il.

Les débuts ne sont pourtant pas faciles. Salomon reconnaît avoir connu des échecs liés au manque de compétences techniques, ce qui freine d’abord l’évolution de son projet. Mais loin d’abandonner, il décide de se faire former, renforçant ainsi ses connaissances et sa vision : celle de bâtir une grande ferme d’élevage.

« Je n’avais pas assez de compétences au départ. Après, je me suis fait former parce que j’avais cette envie d’aller de l’avant. Mais le manque de moyens financiers m’a empêché d’avancer plus vite. J’ai donc financé ce projet moi-même avec les maigres moyens disponibles », confie-t-il.

Âgé aujourd’hui de 27 ans, Salomon Lubala a progressivement agrandi sa ferme, ajoutant de nouveaux clapiers et reproducteurs. Résultat : la demande dépasse désormais l’offre sur le marché local.

« Grâce à ce métier, j’ai pu augmenter le nombre de clapiers et de reproducteurs. La demande ne fait que s’agrandir. J’ai même lancé d’autres projets d’élevage qui seront bientôt rentables », se réjouit-il.

Sa ferme compte actuellement 20 femelles et 4 mâles, avec une production estimée entre 50 et 60 lapins par mois, dont au moins 50 destinés à l’abattage. Ses clients sont constitués de restaurants, boucheries, charcuteries et particuliers, les lapins étant livrés vivants ou abattus, selon les commandes.

Salomon Lubala
Salomon Lubala dans sa ferme

Cependant, la situation sécuritaire à l’Est du pays affecte sérieusement ses activités. La fuite de certains clients fidèles et la hausse du coût des reproducteurs importés du Rwanda, liée à l’augmentation des taxes et impôts frontaliers, constituent de nouveaux défis.

« La situation sécuritaire nous dérange beaucoup. Certains clients ont fui à cause de la guerre. De plus, les lapins reproducteurs importés deviennent très chers à cause des taxes », déplore-t-il.

Malgré tout, Salomon Lubala reste convaincu du potentiel de l’entrepreneuriat, en particulier dans l’élevage des lapins, qu’il juge rentable partout dans le monde.

« Il suffit d’avoir une bonne base. C’est un élevage qui peut rendre millionnaire dans les années à venir », affirme-t-il.

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Il appelle les jeunes de Bukavu et de l’Est de la RDC à suivre leurs passions, à oser entreprendre et à travailler ensemble pour valoriser ce secteur. Il exhorte également les organisations et le gouvernement à investir davantage dans la formation et le financement des jeunes entrepreneurs.

« Beaucoup de jeunes manquent de bonnes informations. Il faut plus de formations et un appui financier pour aider les jeunes à réussir leurs projets », plaide-t-il.

Et de conclure avec un message important : « Ça ne sert à rien d’attendre qu’on fasse tout pour nous. L’essentiel, c’est de commencer avec le peu que nous avons, d’avoir une vision. Commencer petit, rêver grand, et avancer. »

Suzanne Baleke

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