Planning familial en RDC : « Il n’y a aucune contrainte d’ordre légal qui exige que la femme attende le consentement de son mari »

Furaha Nshobole, une femme enceinte d’environ 38 ans, mère de six enfants dont les deux derniers ont été déclarés à l’accouchement, des naissances à haut risque, veut obtenir une ligature de trop après la naissance de son septième enfant.

Sa demande est loin d’être acceptée par son médecin traitant dans une structure sanitaire de la place.

Malgré des multiples demandes lors de ses consultations, la réponse est « c’est à ton époux que revient la décision ».

Les femmes semblent ignorer leurs droits car la sensibilisation est faible. Les médecins aussi n’en reconnaissent-ils pas ?

Ce mardi 2 janvier 2024, La Prunelle RDC a voulu savoir quelles sont les difficultés que rencontrent les femmes dans leur démarche de planification de naissance.

Des réponses surprenantes

Certaines femmes ont honte d’exprimer clairement leur envie de planifier les naissances. D’autres ont du mal à se procurer des médicaments contraceptifs au sein des pharmacies de la place. Des femmes mariées et jeunes filles ont du mal à payer des préservatifs pour se protéger. Elles craignent d’être jugées par la Société et les « qu’en dira-t-on ».

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Malgré la ratification de la RDC du protocole de Maputo qui autorise à toute femme de disposer de son corps et qui lui donne le droit de décider de sa procréation ; celle-ci reste attachée à la coutume et habitudes de la communauté. 

Le Coordonnateur provincial de la santé de la reproduction dans la province du Sud-Kivu, indique plusieurs femmes ne sont pas informées sur les droits liés à la santé sexuelle, suite au taux élevé d’analphabétisme en RDC.

« Du fait qu’elles ne soient pas instruites, elles se renferment sur les us et coutumes, surtout dans la culture et religion oubliant leurs droits. La planification familiale n’est pas considérée comme un état qui met quelqu’un dans son invalidité et certaines personnes ne pensent pas que ça soit nécessaire. Les femmes doivent être plus sensibilisées sur la planification familiale et les différentes méthodes contraceptives pour faire un choix libre et éclairé », estime-t-il.

Le protocole de Maputo sur la santé de la reproduction stipule que les femmes sont libres de faire le choix mais l’idéal est d’impliquer leurs conjoints.

« Si la cliente demande une confidentialité partagée, elle a le droit d’accéder aux produits contraceptifs et/ou la ligature. La loi parle de l’auto-détermination, ce qui signifie que c’est la femme qui décide en premier lieu », explique Dr Nyamugaragaza Robert.

Pour ce médecin, aucune contrainte d’ordre légal n’exige à la femme l’aval de son mari pour ces fins.

Celui-ci demande aux femmes, pour des raisons financières, d’appliquer la planification familiale malgré l’instauration de la gratuité de la maternité.

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« Actuellement il n’y a aucune contrainte d’ordre légal qui exige que la femme attende le consentement de son mari pour faire le planning familial. Dans presque toutes les structures sanitaires, l’offre de la méthode contraceptive est gratuite dans la province du Sud-Kivu. Pour ce qui est de la gratuité de la maternité instaurée par le Chef de l’Etat, celle-ci peut être gratuite mais la prise en charge de l’enfant, elle, en sera toujours une charge pour ses parents. Partant de la situation économique dans laquelle est le pays, la planification familiale est toujours capitale », conclut-il.

Le Coordonnateur provincial de la santé de la reproduction dans la province du Sud-Kivu demande aux femmes de chercher à accéder aux informations sur la planification familiale ainsi que leurs droits sur la santé sexuelle et reproductive.

Il recommande aux femmes de ne pas trop se fier aux us et coutumes en refusant des évidences scientifiques qui sont très capitales.

 Suzanne Baleke

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