Alors que l’épidémie de maladie à virus Ebola progresse dans l’est de la République démocratique du Congo, le Programme alimentaire mondial (PAM) appelle à placer l’assistance alimentaire au cœur de la réponse. Pour l’agence onusienne, la faim, les déplacements de populations et l’insécurité alimentaire compliquent l’accès aux soins et le respect des mesures de prévention dans les communautés affectées.
Dans les zones les plus reculées, certaines familles confrontées à la faim et aux déplacements vivent loin des centres de traitement. Le PAM estime que répondre à leurs besoins alimentaires essentiels est indispensable pour leur permettre de mieux se protéger contre le virus et d’accéder aux soins.
Lire aussi : Rutshuru : le PAM relance la cantine scolaire à l’EP Kiwanja pour l’année 2026-2027
David Stevenson, directeur du PAM en RDC, estime que la réponse ne peut pas se limiter à l’aspect sanitaire.
« Ebola est une crise sanitaire, cela ne fait aucun doute. Mais en même temps, puisque l’épidémie sévit dans l’est du Congo (une région tragiquement touchée par les conflits, l’insécurité alimentaire et les déplacements de population) une approche globale est nécessaire. »
Une insécurité alimentaire aiguë en Ituri
L’est de la RDC est confronté depuis plusieurs années à l’instabilité, aux violences et aux déplacements de population. Selon le PAM, le pays a connu 17 épidémies d’Ebola depuis la découverte du virus il y a près d’un demi-siècle.
L’actuelle flambée, déclarée le 15 mai et provoquée par la souche Bundibugyo, s’est propagée rapidement. Plus de 5.500 cas et 2.642 décès avaient été enregistrés au cours des 100 premiers jours, selon les données présentées dans le document du PAM.
En Ituri, considérée comme l’épicentre de l’épidémie, David Stevenson dit avoir constaté les conséquences de plusieurs années de conflit et de déplacements sur les communautés.
Plus de 500.000 personnes y sont confrontées à une situation d’insécurité alimentaire aiguë de niveau 4 du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), qui compte cinq niveaux.
« C’est un niveau juste en dessous de la mortalité due à la famine », souligne le responsable du PAM.
La faim complique la réponse sanitaire
Pour David Stevenson, l’insécurité alimentaire rend également plus difficile la lutte contre Ebola. Les familles qui peinent à satisfaire leurs besoins alimentaires essentiels peuvent avoir davantage de difficultés à respecter certaines mesures sanitaires ou à accéder aux soins.
« Si vous ne pouvez pas nourrir votre famille, il est très difficile de respecter les protocoles sanitaires, pourtant si nécessaires à l’heure actuelle », explique-t-il.
Le responsable du PAM estime ainsi que les changements de comportement nécessaires pour contenir l’épidémie ne peuvent être durablement obtenus sans répondre aux besoins essentiels des populations.
Dans cette perspective, l’agence appelle à faire de l’aide alimentaire une « partie intégrante de l’approche communautaire » de la riposte.
Des centres de traitement et davantage de ressources
Le PAM plaide notamment pour la construction de davantage de centres de traitement, la mobilisation de ressources supplémentaires et l’acheminement de l’aide jusque dans les zones rurales les plus isolées.
Cette mission reste toutefois compliquée par les difficultés d’accès. Dans plusieurs secteurs de l’est du pays, les routes sont souvent impraticables, ce qui constitue un obstacle à l’acheminement de l’assistance.
Malgré ces contraintes logistiques, le PAM affirme parvenir à maintenir ses livraisons dans les zones concernées.
Le PAM alerte sur le manque de financement
La réponse à Ebola figure parmi les opérations prioritaires du PAM, aux côtés d’autres crises humanitaires notamment en Ukraine, à Gaza, au Soudan et au Soudan du Sud.
Mais David Stevenson déplore l’insuffisance des financements consacrés à l’aide alimentaire en RDC.
« Je suis sidéré de constater que la communauté internationale n’apporte pas le soutien direct nécessaire à l’aide alimentaire, indispensable pour mettre fin collectivement à l’épidémie d’Ebola », déclare-t-il.
Face à l’ampleur des besoins, il appelle à une mobilisation immédiate des ressources.
« Compte tenu de l’ampleur du défi, il est de mon devoir de lancer un appel très clair : nous avons besoin de soutien dès maintenant. »
« Nourrir pour mieux soigner »
Lors d’une récente visite dans un centre de traitement contre Ebola, le responsable du PAM a également constaté les effets d’une prise en charge associant soins médicaux et soutien nutritionnel.
Il y a rencontré une femme guérie d’Ebola, qu’il décrit comme affichant « un sourire radieux » et s’apprêtant à rentrer chez elle.
Pour David Stevenson, cette situation illustre l’importance de ne pas dissocier les soins médicaux de la nutrition dans la prise en charge des patients.
« La majorité des personnes touchées par Ebola n’atteignent jamais un centre de traitement ; d’où la nécessité pour nous d’aider à en construire davantage », explique-t-il.
Selon lui, la guérison de cette patiente doit également être considérée sous l’angle nutritionnel.
« Il est évident que cette femme a guéri d’Ebola non seulement grâce aux soins médicaux reçus, mais aussi grâce à une bonne nutrition et à l’aide alimentaire, des éléments essentiels pour les personnes touchées », ajoute-t-il.
Pour le PAM, cette approche doit désormais être étendue aux communautés affectées par l’épidémie.
« Cette logique s’applique à l’ensemble de la province et à toute la région touchée par Ebola : il faut mettre en place un programme global incluant l’aide alimentaire », affirme David Stevenson.
L’agence estime que cette nécessité est désormais mieux comprise, mais qu’elle exige encore davantage de moyens pour être pleinement mise en œuvre.
