Sud-Kivu : la malnutrition infantile s’aggrave dans les zones de conflit

L’intensification des violences armées au Sud-Kivu plonge des milliers d’enfants déplacés dans une crise nutritionnelle alarmante. Dans plusieurs zones de la province, les centres de santé font face à une explosion des cas de malnutrition infantile, alors que les familles déplacées vivent dans une précarité extrême, sans accès suffisant à l’alimentation et aux soins de base.

Au centre de santé de Mungwe, dans le territoire de Walungu, la situation est devenue critique. Le personnel soignant signale une augmentation spectaculaire des admissions pour malnutrition aiguë, notamment chez les enfants issus de familles déplacées.

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« Nous sommes débordés par les cas de malnutrition observés surtout chez les enfants déplacés. Nous recevions deux à trois nouveaux cas par mois, aujourd’hui, nous sommes à plus de cinq cas par jour. Les intrants nutritionnels sont insuffisants et les besoins augmentent chaque mois », explique Jean Ntwali, infirmier titulaire du centre de santé de Mungwe.

Selon les soignants, la pénurie d’aliments thérapeutiques et de médicaments essentiels rend la prise en charge de plus en plus difficile. Les capacités d’accueil et de suivi des structures sanitaires locales sont désormais largement dépassées par le nombre d’enfants malnutris admis chaque jour.

La majorité des enfants touchés proviennent de familles ayant fui les violences armées. Vivant dans des conditions de grande vulnérabilité, ces ménages peinent à assurer une alimentation suffisante et équilibrée à leurs enfants, aggravant les risques de malnutrition aiguë et chronique.

Face à cette urgence, les acteurs sanitaires et communautaires soulignent l’importance de la prévention nutritionnelle pour réduire l’ampleur de la crise.

Parmi les solutions envisagées, la production de lait de soja est présentée comme une alternative prometteuse. Riche en protéines végétales, vitamines et minéraux, ce produit local est considéré comme un complément nutritionnel efficace pour les enfants et les femmes enceintes.

Cependant, les producteurs de soja, notamment à Idjwi et dans d’autres territoires du Sud-Kivu, font face à de nombreuses contraintes : manque d’équipements adaptés, déficit de formations techniques, difficultés d’accès au financement, problèmes de conservation et de commercialisation.

« Le manque des outils modernes répondant aux règles d’hygiène impacte négativement sur le goût et la qualité du produit fini, ce qui fait que certains enfants refusent parfois d’en prendre », témoigne Bolingo Boniface, habitant d’Idjwi.

À cela s’ajoute le coût de production, jugé élevé par rapport au niveau de vie des communautés locales, ce qui limite l’accès du lait de soja aux familles les plus pauvres.

Dans le territoire de Kabare, le Foyer de Paix de Kambehe, situé dans le groupement de Miti, a mis en place une initiative de production de lait de soja destinée aux enfants et aux femmes enceintes déplacés.

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Béatrice Ciraba, infirmière au sein de cette structure, souligne les bénéfices nutritionnels de ce produit.

« Le lait de soja est riche en vitamines B9 et E. Il contribue au renforcement du système immunitaire et favorise la croissance. Nous voulons corriger la malnutrition modérée chez les enfants à l’âge préscolaire. Ce lait favorise le bon fonctionnement du système immunitaire et facilite la vivacité du corps de l’enfant. »

Elle encourage les parents à intégrer régulièrement le lait de soja dans l’alimentation des enfants afin de prévenir la malnutrition et d’assurer une meilleure croissance.

Malgré ces initiatives locales, les acteurs de terrain insistent sur la nécessité d’un soutien accru des partenaires humanitaires, afin de renforcer les capacités de production, d’améliorer la qualité des produits et de garantir une réponse durable à la crise nutritionnelle qui frappe les enfants du Sud-Kivu.

Cet article est produit dans le cadre du projet « Habari za Mahali », un projet du consortium RATECO – REMEL avec le soutien de Media4Dialogue de LaBenévolencija.

Gisèle Bashwira

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