Alors que le monde célèbre ce 5 juin la Journée mondiale de l’environnement, de nombreuses initiatives locales démontrent que la lutte contre les défis climatiques et environnementaux ne se joue pas uniquement dans les grandes conférences internationales. Au Sud-Kivu, une organisation de jeunes a fait le choix de transformer les inquiétudes en actions concrètes. Son nom : Act for Tomorrow (Agir pour Demain).
Fondée en 2022 par Daniel Kalalizi, étudiant en Physique à l’Institut Supérieur Pédagogique de Bukavu (ISP-Bukavu) et activiste climatique, cette organisation est née d’une réalité observée quotidiennement dans les communautés : l’avancée de la déforestation, la multiplication des érosions, la pollution liée aux déchets et la dégradation progressive de l’environnement.
Face à ces défis, les initiateurs ont refusé de rester dans la dénonciation passive.
« On a voulu passer de la plainte à l’action, avec les jeunes comme moteurs du changement », explique Daniel Kalalizi.
Depuis sa création, Act for Tomorrow s’est donné pour mission de promouvoir la protection de l’environnement et le développement durable. Mais son champ d’action va bien au-delà des questions écologiques. L’organisation intervient également dans la protection des enfants orphelins, la défense des droits humains, l’accompagnement des peuples autochtones, la promotion de l’entrepreneuriat vert chez les jeunes ainsi que la sensibilisation à l’hygiène et à l’assainissement.
Basée au Sud-Kivu, elle concentre l’essentiel de ses activités dans une province où les défis environnementaux se mêlent souvent aux difficultés sociales.
« Nous intervenons principalement au Sud-Kivu. Les défis majeurs que nous combattons sont notamment la déforestation liée à l’utilisation du bois de chauffage et du charbon, l’érosion des sols, la pollution plastique dans la ville de Bukavu et ses environs, la mauvaise gestion des déchets ménagers ainsi que la non-scolarisation des enfants », souligne Daniel Kalalizi.
Sur le terrain, l’organisation multiplie les initiatives. En septembre 2025, elle a notamment organisé des activités de plantation d’arbres le long de l’aumônerie protestante de l’ISDR-Bukavu ainsi que dans plusieurs écoles du groupement d’Irhambi-Katana.
À ces activités s’ajoutent des campagnes de salubrité publique menées en collaboration avec d’autres organisations, des séances d’éducation environnementale dans les établissements scolaires, des programmes de reboisement, des formations aux métiers verts destinées aux jeunes ainsi que des campagnes de sensibilisation dans différents quartiers.
« Nous plantons des arbres, organisons des campagnes de salubrité « Ville propre » en collaboration avec d’autres organisations, formons les jeunes aux métiers verts, faisons du reboisement et de l’éducation environnementale dans les écoles, et menons des campagnes de sensibilisation dans les quartiers », explique l’organisation.
Pour les responsables d’Act for Tomorrow, la plus grande réussite ne se mesure pas seulement au nombre d’arbres plantés ou aux déchets collectés. Elle se lit surtout dans le changement de mentalité observé auprès des jeunes bénéficiaires.
Aujourd’hui, plusieurs jeunes formés par l’organisation deviennent eux-mêmes des ambassadeurs de l’environnement au sein de leurs familles, de leurs écoles et de leurs communautés. Les campagnes de reboisement ont également contribué à reverdir plusieurs espaces où l’organisation est intervenue.
Les résultats sont visibles. Dans plusieurs quartiers et écoles, les activités de salubrité ont permis d’améliorer la propreté des espaces publics. Les zones reboisées connaissent une réduction des phénomènes d’érosion, tandis que les communautés sensibilisées développent progressivement une meilleure compréhension des enjeux environnementaux.
L’organisation met aussi en avant les progrès réalisés dans le tri des déchets et la sensibilisation au lien étroit entre environnement et santé.
« Nous avons déjà réalisé des activités d’éducation environnementale dans quatorze écoles de Katana », précise Daniel Kalalizi.
Au-delà de son engagement écologique, Act for Tomorrow mène également des actions sociales. L’organisation a contribué à la rentrée scolaire de plusieurs enfants à Katana, distribué des vivres et des non-vivres aux peuples autochtones de la région et organisé des activités thérapeutiques au sein de la communauté de Mugeri.
Malgré ces avancées, les défis restent nombreux. Le manque de financement constitue l’un des principaux obstacles au développement des activités. À cela s’ajoutent les difficultés d’accès à certaines zones du Sud-Kivu ainsi qu’un faible niveau de conscience écologique chez une partie de la population, souvent préoccupée par les urgences du quotidien.
Pour continuer à faire avancer sa mission, Act for Tomorrow prépare de nouveaux projets. En partenariat avec d’autres organisations, elle travaille actuellement sur une initiative de transformation des déchets plastiques en pavés écologiques impliquant activement les jeunes. L’organisation prévoit également la mise en place de « brigades environnementales » dans les écoles afin d’inculquer aux élèves les bonnes pratiques de protection de l’environnement.
Pour ses membres, la Journée mondiale de l’environnement constitue un moment privilégié de réflexion et de mobilisation.
« La Terre n’a pas de plan B », rappelle l’organisation en reprenant cette célèbre formule.
Cette journée est l’occasion d’évaluer le chemin parcouru, de sensibiliser davantage de personnes et de rappeler que chaque geste compte dans la préservation de notre planète.
Le message lancé cette année est sans équivoque : « Agir pour demain, c’est agir aujourd’hui. Protéger l’environnement, ce n’est pas seulement le travail des ONG. C’est jeter le sachet à la poubelle, c’est planter un arbre, car le futur se construit à travers nos petits gestes. »
Selon l’organisation, chaque habitant de Bukavu et du Sud-Kivu peut contribuer à la protection de l’environnement à travers des actions simples : réduire sa consommation, réutiliser au lieu de jeter, recycler et partager les bonnes pratiques autour de soi afin d’informer et de sensibiliser davantage de personnes.
Act for Tomorrow appelle également la population à adopter des comportements plus responsables.
« Arrêtons de jeter les déchets n’importe où, réduisons l’usage du plastique à usage unique, plantons au lieu d’abattre et privilégions une consommation locale et durable. »
Pour accroître son impact, l’organisation recherche aujourd’hui des partenaires techniques et financiers, du matériel pour soutenir ses activités ainsi qu’une plus grande visibilité afin de toucher davantage de communautés.
Dans une ville de Bukavu confrontée à des défis environnementaux croissants, Act for Tomorrow incarne une jeunesse qui refuse l’inaction. À travers ses initiatives, elle contribue à construire une ville plus propre, plus verte et plus résiliente.
Pour ses membres, l’espoir demeure intact : avec l’implication des jeunes, l’accompagnement des autorités et le soutien des partenaires, le Sud-Kivu peut devenir une référence en matière de résilience écologique.
Car, comme le rappelle l’organisation : « L’avenir dépend des choix que nous faisons aujourd’hui. »
