À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, célébrée le 16 octobre de chaque année, Anne Mushigo Furaha, présidente et fondatrice du Réseau des journalistes œuvrant pour la sécurité alimentaire (REJOSA), appelle les parents à privilégier une alimentation saine et équilibrée pour leurs enfants. Elle insiste également sur l’importance du jardinage familial et de l’implication des jeunes dans l’agriculture pour améliorer la sécurité alimentaire au Sud-Kivu.
Placée cette année sous le thème « Innover aujourd’hui pour nourrir demain », cette journée est l’occasion de sensibiliser les familles à l’importance des habitudes alimentaires et de promouvoir des initiatives locales en faveur d’une production agricole saine et nutritive.
Dans une interview accordée à La Prunelle RDC, Anne Mushigo Furaha estime que les parents ont un rôle important à jouer dans la prévention des problèmes de santé liés aux habitudes alimentaires. Elle met notamment en garde contre la consommation excessive d’aliments riches en sucre et en matières grasses et encourage les familles à privilégier une alimentation variée, adaptée aux besoins des enfants.
La Prunelle RDC : Qu’est-ce qu’une bonne alimentation selon vous ?
Anne Muchigo Furaha : En termes simples, une bonne alimentation consiste à manger des aliments sains, propres et sans contamination. C’est une nourriture qui contribue à la croissance et au bon développement du corps.
Il ne s’agit pas nécessairement de remplir la table avec une grande variété d’aliments, mais de veiller à ce que la nourriture réponde aux besoins de l’organisme. Nous avons notamment besoin d’aliments énergétiques, d’aliments qui contribuent à la construction du corps et d’aliments protecteurs. C’est cet équilibre qui permet de parler d’une alimentation saine.
La Prunelle RDC : Dans le contexte de crise sécuritaire et économique que traverse l’Est du pays, particulièrement le Sud-Kivu, que proposez-vous aux parents qui disposent de moyens limités pour répondre aux besoins alimentaires de leurs enfants ?
Anne Mushigo Furaha : C’est effectivement compliqué, parce que nous traversons une période très difficile sur le plan alimentaire. Dans nos villages, où nous avons toujours cultivé beaucoup de légumes et de fruits, nous observons aujourd’hui une certaine rareté. Certaines plantes sont touchées par des maladies, notamment la mosaïque.
Les légumes qui viennent de l’extérieur soulèvent également des préoccupations concernant l’utilisation des pesticides et des engrais chimiques.
Toutefois, même avec des moyens limités, nous pouvons essayer de répondre aux besoins alimentaires essentiels. Il faut veiller à la qualité, à la quantité et à la valeur énergétique des aliments que nous consommons.
La Prunelle RDC : Au Sud-Kivu, des préoccupations sont exprimées concernant le diabète chez les adultes, les jeunes et les enfants. Pensez-vous que l’alimentation contribue à cette situation ?
Anne Mushigo Furaha : Je me dis souvent que nous, les parents, avons aussi une responsabilité dans les habitudes alimentaires de nos enfants. Nous voulons leur faire plaisir en leur donnant à manger à tout moment, alors qu’il faut également savoir distinguer une alimentation saine de la malbouffe.
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Les enfants peuvent consommer régulièrement des aliments trop riches en matières grasses et en sucre. Certains parents pensent qu’il s’agit d’un signe de modernité, alors que de mauvaises habitudes alimentaires peuvent avoir des conséquences sur leur santé.
Il est important d’apprendre aux enfants à respecter des horaires de repas et à adopter de bonnes habitudes alimentaires. Il faut aussi limiter les aliments trop gras ou trop sucrés et privilégier une alimentation équilibrée.
Nous devons prendre au sérieux les problèmes de santé qui peuvent toucher les enfants, notamment le diabète et les maladies cardiovasculaires. La sensibilisation des parents est donc essentielle.
La Prunelle RDC : Cette année, la Journée mondiale de l’alimentation est célébrée sous le thème « Innover aujourd’hui pour nourrir demain ». Que signifie ce thème pour vous ?
Anne Mushigo Furaha : Ce thème nous invite à innover, y compris dans nos propres habitations.
En ville, par exemple, nous construisons des immeubles et des maisons, mais nous ne prévoyons pas toujours d’espace pour un jardin potager. Pourtant, il est possible de récupérer des bouteilles en plastique, des bassins usagés ou des sacs que l’on peut remplir de terre pour y planter des légumes.
C’est aussi cela, l’innovation : utiliser les moyens disponibles pour produire une partie de notre nourriture.
Dans les territoires affectés par les conflits armés, les femmes agricultrices ne peuvent parfois plus accéder à leurs champs. Elles ne doivent pas pour autant renoncer à toute possibilité de production. Lorsqu’elles disposent d’un espace autour de leur habitation, elles peuvent essayer d’y aménager un petit jardin pour contribuer à nourrir leur famille.
Cette démarche peut également être encouragée auprès des ménages vivant en ville, notamment à Bukavu.
La Prunelle RDC : Quel message particulier le REJOSA adresse-t-il aux parents et aux jeunes de Bukavu et du Sud-Kivu à l’occasion de cette journée ?
Anne Mushigo Furaha : À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, le REJOSA recommande aux parents de donner à leurs enfants une nourriture saine et équilibrée. Nous les encourageons également à initier les enfants au jardinage à la maison. Lorsqu’ils comprennent l’importance de l’agriculture dès leur jeune âge, ils peuvent s’impliquer activement dans la production alimentaire, même à petite échelle.
Aux jeunes, nous demandons de s’engager dans la sécurité alimentaire et l’agriculture. C’est un secteur essentiel pour la vie et l’avenir de nos communautés. Les jeunes peuvent contribuer à nous nourrir.
L’agriculture n’est pas une activité réservée uniquement aux paysans. Détrompez-vous ! Tout le monde peut s’y intéresser et participer, à son niveau, à la production alimentaire. Impliquez-vous et vous verrez un grand changement.
La Prunelle RDC : Madame Anne Mushigo Furaha, merci pour cet échange.
Anne Mushigo Furaha : Merci à La Prunelle RDC.
Propos recueillis par Suzanne Baleke
