À Bukavu, au cœur d’une région fragilisée par les conflits armés à l’Est de la République démocratique du Congo, des jeunes refusent de rester spectateurs et transforment leurs passions en métiers porteurs. Parmi eux, Joseph Katoke, 26 ans, s’impose dans un secteur encore peu exploité : la pisciculture.
Depuis son enfance, Joseph nourrit une passion pour l’élevage et l’agriculture. Diplômé en économie, il décide de se lancer dans la pisciculture sur l’île d’Idjwi, motivé par une conviction simple mais audacieuse : faire évoluer un secteur en pleine expansion et créer des opportunités là où peu osent s’aventurer.
« Ce qui m’a motivé, c’est ma passion pour l’élevage et le fait que ce secteur n’évolue pas beaucoup ici. Je crois que plus on s’y implique, plus il peut se développer », explique Joseph.
Le chemin vers le succès n’a pas été facile. Entre capital insuffisant, manque de matériel spécialisé, et difficultés d’accès aux matières premières pour nourrir les poissons, les obstacles étaient nombreux. Fort de son expérience en aviculture et grâce à un capital de départ de 12.000 dollars, obtenu après avoir travaillé dans la pisciculture en association et avec l’appui de FPI et IITA en 2015, Joseph démarre son aventure entrepreneuriale.
Aujourd’hui, il fournit des poissons Tilapia aux ménages, restaurants et hôtels de Bukavu et ses périphéries. Grâce à ses efforts, son entreprise a pris de l’ampleur, contribuant aussi à l’emploi de jeunes dans la région.
Deux types de pisciculture, deux réussites :
- Cage piscicole sur le lac Kivu : 25 m² et 5 m de profondeur, permettant une production de 4 à 5 tonnes de poissons.
- Bac hors sol de 10 m³ : 2 à 3 tonnes produites en 6 à 8 mois, le temps nécessaire pour atteindre le poids minimum de commercialisation.
« Avec ces deux systèmes, je produis plus de 6 tonnes de poissons par cycle. Cette activité m’a permis de faire grandir mon capital de départ et d’occuper quelques jeunes qui travaillent avec moi », se réjouit Joseph.
Malgré ce succès, la crise sécuritaire affecte lourdement son activité : vols, difficulté d’accès aux matières premières pour nourrir les poissons et problèmes de circulation des produits vers les marchés restent des freins majeurs.
« La situation actuelle complique notre production et nos ventes. Les matières viennent de différents endroits, et il devient difficile de livrer nos produits dans plusieurs zones de la province », regrette-t-il.
Face à ces défis, Joseph reste ambitieux. Il prévoit d’étendre son activité, produire davantage de Tilapia, et se lancer dans la production de silures, qui peuvent être écoulés en seulement quatre mois.
Son message aux jeunes est clair : oser entreprendre selon ses passions, même avec peu de moyens. Pour Joseph, attendre un emploi dans une organisation est souvent illusoire face aux réalités locales.
« Au départ, j’avais peur de me lancer. Mais j’ai compris qu’ici, trouver un emploi n’est pas facile, donc nous devons créer nos propres opportunités », conclut-il avec détermination.
À Bukavu, Joseph Katoke incarne l’espoir d’une jeunesse qui refuse de subir, choisissant de transformer sa passion en moteur d’emploi et de développement malgré les turbulences de son environnement.





