Entrepreneuriat des jeunes au Sud-Kivu : Arhusima Philémon, ce jeune engagé dans la culture des champignons, met son activité en pause

champignons
Les champignons cultivés par le jeune entrepreneur, Arhusima Philémon

À Kabare, dans l’Est de la République Démocratique du Congo, un jeune entrepreneur du sous-village de Karambi, Arhusima Philémon, a été contraint de suspendre temporairement sa culture de champignons à cause de l’insécurité persistante. Brave, ambitieux et généreux, il regrette de ne plus pouvoir approvisionner ses clients à Bukavu et dans ses environs.

Diplômé de l’Institut Technique Agricole et Vétérinaire (ITAV) Mubanda en 2019, Philémon n’avait pas les moyens de poursuivre immédiatement ses études supérieures. Il a donc été orienté vers des formations pratiques où il a développé ses compétences en phytothérapie, production de mouches soldats noires, informatique et myciculture. C’est au cours de ces apprentissages qu’il a découvert sa passion pour la culture des champignons pleurotes.

« Cette culture est accessible, durable, simple, rentable et adaptée. Elle peut se pratiquer à domicile, sans grandes surfaces agricoles, avec un impact écologique faible », explique Philémon, âgé de 26 ans. Pour lui, les champignons peuvent pousser rapidement (2 à 4 semaines) sur des matériaux locaux comme la paille et les sacs plastiques, et se vendre frais ou transformés, générant des revenus réguliers.

Les champignons
Les champignons

Au fil du temps, il a surmonté de nombreux défis : contamination du substrat, moisissures, mauvaises conditions environnementales, manque de matériel ou de semences de qualité. Malgré cela, il a fourni ses produits à des hôtels, restaurants et marchés locaux, contribuant à la sécurité alimentaire et à l’accès à des protéines végétales pour les populations rurales et urbaines défavorisées.

« Avec la myciculture, nous valorisons des déchets agricoles comme la paille, la sciure, les feuilles de bananier ou les tiges de maïs pour fabriquer le substrat. L’activité a aussi créé des emplois et renforcé la stabilité et l’autonomie dans Kabare et au Sud-Kivu », souligne Philémon. Une production de 50 sacs sur un espace de 7 m sur 5 pouvait générer entre 100 et 300 dollars par mois, permettant de couvrir ses frais personnels et la scolarité de certains de ses frères.

Lire aussi: Entrepreneuriat des jeunes à Bukavu : la résilience de Salomon Lubala, éleveur de lapins en temps de crise sécuritaire

Malgré ses succès, les affrontements armés dans l’Est de la RDC ont interrompu ses activités. L’accès aux sites de production est devenu difficile, le marché perturbé, et les prix des semences importées du Burundi ont doublé (de 3 à 6 dollars la boîte).

« L’insécurité empêche l’accès régulier aux sites, provoque vols et dégradations, et rend difficile l’approvisionnement en matières premières », regrette le jeune entrepreneur.

Les champignons

Philémon envisage de relancer sa production en installant des sites loin des zones de conflit, en créant de petites unités décentralisées et en collaborant avec les communautés locales pour la surveillance et le soutien. Ses objectifs sont ambitieux :

  • Créer des emplois pour les jeunes, les femmes et les groupes vulnérables ;
  • Développer une chaîne de valeur locale (production, transformation, commercialisation) ;
  • Valoriser les déchets agricoles et proposer des produits transformés : champignons séchés, en poudre, en sauce ou farine pour bouillies ;
  • Créer des centres de formation locaux en myciculture ;
  • Innover dans l’emballage, la conservation et la production urbaine.

À l’intention des jeunes passionnés, Philémon conseille : « Commencez petit mais sérieusement. Maîtrisez chaque étape de production, vendez localement, transformez pour mieux conserver et travaillez en réseau pour apprendre et négocier ». Il recommande également aux organisations nationales et internationales de soutenir les jeunes entrepreneurs par des ateliers de renforcement des capacités et l’accès au financement.

Suzanne Baleke

Tagged:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.