Kalehe : trois ans après la catastrophe de Bushushu et Nyamukubi, des mesures de prévention encore insuffisantes

Des pluies torrentielles accompagnées de vents violents ont détruit 62 maisons dans le village de Bubale 2, territoire de Kalehe, au Sud-Kivu

Trois ans après la catastrophe naturelle qui a frappé Bushushu et Nyamukubi, dans le territoire de Kalehe (Sud-Kivu), les populations sinistrées continuent de vivre dans des conditions précaires, tandis que plusieurs mesures de prévention annoncées par les autorités restent incomplètement appliquées.

Selon le président de la Société Civiles Forces Vives de Kalehe, Prince Chiririmbo, les décisions prises après la catastrophe, notamment la délocalisation des habitants de ces zones déclarées impropres à l’habitation, n’ont pas été effectivement mises en œuvre.

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« Certaines mesures ont été prises, malheureusement elles sont restées sans application, parmi elles la délocalisation des populations », a-t-il indiqué lors d’un entretien accordé à La Prunelle RDC ce lundi 4 mai 2026.

Malgré les risques, des constructions se poursuivent dans ces zones, exposant les habitants à de nouveaux dangers. Par ailleurs, les déplacés de Bushushu et Nyamukubi vivent dans des conditions difficiles, avec des cas signalés de violences basées sur le genre (VBG).

Le sous-PROVED de Kalehe 1, Pascal Maheshe Nteranyi, confirme qu’une grande partie des sinistrés reste confrontée à une précarité extrême. Celle-ci se caractérise par le manque d’abris décents, l’insécurité alimentaire et un accès limité aux services sociaux de base, notamment l’éducation et les soins de santé.

Il souligne que le contexte sécuritaire fragile aggrave davantage la situation, entraînant des déplacements répétés et compliquant toute tentative de réinstallation durable. De nombreuses familles dépendent encore de l’aide humanitaire, jugée insuffisante face à l’ampleur des besoins.

Si certaines initiatives ont été amorcées, notamment des campagnes de sensibilisation aux risques naturels et l’identification des zones à haut risque, celles-ci restent limitées et insuffisamment coordonnées.

Le Sous-Proved relève également un déficit important en infrastructures de prévention, notamment l’absence de systèmes d’alerte précoce, d’aménagement des bassins versants et de stabilisation des sols, ce qui expose toujours les populations à des catastrophes similaires.

Des actions de reboisement ont bien été entreprises par des organisations locales et des partenaires environnementaux, mais elles demeurent ponctuelles et de faible portée.

Selon lui, l’absence d’un programme structuré et durable de reboisement réduit considérablement l’efficacité de ces efforts, alors que la restauration du couvert végétal est essentielle pour limiter l’érosion et les glissements de terrain.

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Sur le terrain, les traces de la catastrophe restent visibles.

« On observe encore des terrains instables, des zones érodées ainsi que des infrastructures détruites ou non réhabilitées. Certaines zones restent inhabitables ou à haut risque, tandis que d’autres sont occupées de manière précaire faute d’alternatives viables », déplore Pascal Maheshe.

Face à cette situation, il lance un appel urgent aux autorités politico-administratives ainsi qu’aux partenaires techniques et financiers pour accélérer la relocalisation des sinistrés dans des sites sécurisés et viabilisés.

Il plaide également pour la mise en place de mécanismes efficaces de prévention, incluant la cartographie des risques, les systèmes d’alerte précoce et une meilleure planification territoriale.

Enfin, il recommande le renforcement des programmes de reboisement et de protection de l’environnement, ainsi qu’un accompagnement socio-économique durable des victimes, notamment en matière de logement, de moyens de subsistance et d’accès aux services essentiels comme l’éducation et la santé.

Suzanne Baleke

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