Près de 2.000 défenseurs de la terre et de l’environnement tués entre 2012 et 2022 (Global Witness)

Global Witness

Au moins 177 défenseurs de la terre et de l’environnement ont été tués l’année dernière pour avoir tenté de protéger la planète, c’est-à-dire une personne tous les deux jours, selon un nouveau rapport de Global Witness publié ce 13 septembre 2023. Ces nouveaux chiffres portent à 1 910 le nombre total de défenseurs tués entre 2012 et 2022.

Ces constatations interviennent quelques mois avant la réunion des gouvernements mondiaux pour la COP28 de novembre aux Émirats arabes unis, où ils feront le point sur les progrès accomplis dans le cadre de l’application de l’Accord de Paris historique conclu en 2015.

Le nouveau rapport de Global Witness souligne le rôle crucial que jouent les défenseurs dans la défense et l’application de la justice climatique, tout en mettant en évidence les meurtres d’au moins 1 390 défenseurs entre le 12 décembre 2015, date d’adoption de l’Accord sur le climat historique, et le 31 décembre 2022.

La Colombie s’est révélée être le pays le plus meurtrier, enregistrant un total de 60 décès l’année dernière, soit plus d’un tiers de tous les meurtres à travers le monde. Bien qu’en octobre 2022, la Colombie ait ratifié un accord régional clé juridiquement contraignant exigeant du gouvernement qu’il empêche les attaques à l’encontre des défenseurs et enquête à leur sujet, le nombre de meurtres enregistrés a presque doublé par rapport à 2021.

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Depuis que Global Witness a commencé à documenter les meurtres en 2012, au moins 382 défenseurs ont été tués en Colombie, ce qui en fait le pays où le nombre de meurtres signalés est le plus élevé au monde durant cette période.

La majorité des meurtres enregistrés en 2022 se sont produits en Amérique latine, où ont eu lieu 88 % des attaques mortelles. Parmi les autres pays environnants enregistrant un nombre élevé de meurtres, l’on retrouve le Brésil (34 meurtres), le Mexique (31 meurtres) et le Honduras (14 meurtres). Au total, 11 défenseurs ont été tués aux Philippines.

La rapport a également révélé une fois de plus que les communautés indigènes sont confrontées à un niveau excessif d’attaques mortelles, étant victimes de plus d’un tiers (34 %) des meurtres commis dans le monde l’an dernier, alors qu’elles ne représentent qu’environ 5 % de la population mondiale.

Malgré la répétition des meurtres de défenseurs au cours des 11 dernières années, très peu d’auteurs sont traduits en justice car les gouvernements mondiaux font preuve de négligence en matière d’enquête sur ces crimes, ce qui se traduit par une impunité qui alimente d’autres attaques.

« Depuis trop longtemps, les auteurs d’attaques meurtrières à l’encontre des défenseurs échappent à toute sanction. La violence, l’intimidation et le harcèlement sont également utilisés pour faire taire les défenseurs à travers le monde. Bien que menacé par des actions irresponsables des entreprises et des gouvernements, ce mouvement mondial de personnes, unies par leur détermination et leur engagement à défendre leurs maisons et leurs communautés, résiste, et il ne peut pas être réduit au silence. », a déclaré Shruti Suresh, codirectrice des campagnes par intérim au sein de Global Witness.

L’analyse de Global Witness révèle que l’Amazonie est l’un des endroits les plus dangereux pour les défenseurs, enregistrant 39 meurtres l’année passée (plus d’un meurtre sur cinq dans le monde (22 %)) commis dans la plus grande forêt tropicale du monde.

Parmi ces chiffres figurent Dom Phillips, journaliste britannique pour The Guardian, et Bruno Pereira, expert indigène, qui ont été assassinés par des hommes armés alors qu’ils traversaient un territoire indigène en Amazonie brésilienne en juin dernier. Au total, au moins 296 défenseurs ont été tués en Amazonie depuis 2014.

« Nous continuons à honorer les efforts de ceux qui ont perdu la vie, et nous leur dédions notre rapport, ainsi qu’à leurs familles et leurs communautés. Nous continuerons à œuvrer pour faire entendre la voix des défenseurs, qui jouent un rôle essentiel dans la lutte contre le changement climatique et la protection de notre environnement contre l’exploitation», poursuit Shruti Suresh, appelant les gouvernements mondiaux à « agir de toute urgence » face aux meurtres insensés des défenseurs de notre planète et de la protection de ses écosystèmes les plus précieux qui jouent un rôle essentiel dans la lutte contre l’urgence climatique.

Le rapport examine également la situation des communautés indigènes de la forêt tropicale qui sont notamment menacées par l’extraction d’or et l’exploitation forestière. Il indique que plusieurs entreprises du Royaume-Uni, de l’Union européenne et des États-Unis ont été associées à des violations des droits de l’homme commises à l’encontre de ces communautés. En effet, l’or extrait illégalement des terres des Kayapós se retrouve dans les chaînes d’approvisionnement du raffineur italien Chimet et de l’entreprise d’extraction d’or Serabi Gold.

« Des actions conjointes sont nécessaires aux niveaux régional, national et international pour mettre un terme à la violence et aux injustices auxquelles ils sont confrontés. Déjà bien trop de vies ont été perdues. Nous ne pouvons pas nous permettre d’en perdre davantage. » conclut Shruti Suresh.

Laura Furones, conseillère principale de la campagne des défenseurs de la terre et de l’environnement explique que les recherches ont montré à maintes reprises que les peuples indigènes sont les meilleurs protecteurs des forêts et qu’ils jouent par conséquent un rôle fondamental dans l’atténuation de la crise climatique.

Pourtant, regrette-t-elle, ils sont assiégés dans des pays comme le Brésil, le Pérou et le Venezuela, précisément pour cette raison. De nouvelles attaques nous sont rapportées chaque jour.

« Plus de 100 pays se sont engagés à mettre fin à la déforestation d’ici 2030 en signant la Déclaration de Glasgow lors de la COP26, il y a moins de deux ans. Toutefois, nous savons désormais que la disparition des forêts primaires a augmenté de 10 % en 2022 par rapport à 2021. En d’autres termes, nous allons dans la mauvaise direction et gaspillons un temps précieux que nous n’avons pas. Si nous souhaitons préserver les forêts, nous devons prendre conscience du fait que cela passe par la protection de leurs habitants. La lutte contre l’intensification de l’urgence climatique et le respect des droits de l’homme doivent aller de pair. »

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Selon le rapport de Global Witness, les nouvelles données sur les meurtres des défenseurs ne reflètent pas l’ampleur réelle du problème. En effet, la restriction de la liberté de la presse et le manque de contrôle indépendant dans de nombreux pays, en particulier en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient, entraînent une sous-déclaration des meurtres.

En outre, l’analyse souligne que les défenseurs font de plus en plus l’objet d’autres formes de mise sous silence, notamment par le biais de la criminalisation. En effet, les cadres légaux censés les protéger sont au contraire retournés contre eux, avec un schéma inquiétant de cas émergents à travers le monde.

Jean-Luc M.

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