Plus de 260.000 personnes sont confrontées à une situation sanitaire préoccupante dans le territoire de Shabunda, au Sud-Kivu, où des épidémies de rougeole et de choléra se propagent dans un contexte marqué par les déplacements de populations, l’accès limité à l’eau potable et de graves difficultés d’accès aux soins. Malgré les contraintes logistiques et sécuritaires, Médecins Sans Frontières (MSF) affirme avoir intensifié sa réponse médicale et humanitaire dans cette partie de la République démocratique du Congo.
Depuis le 3 juillet 2026, 1.002 cas de choléra, dont 39 décès, ont été enregistrés dans le territoire de Shabunda, selon les autorités locales. Parallèlement, 720 cas de rougeole et 467 décès ont été signalés, soit un taux de létalité d’environ six décès pour 100 personnes touchées.
Ces maladies se propagent rapidement dans un environnement marqué par des conditions de vie précaires, l’insuffisance des infrastructures sanitaires et les difficultés d’accès aux besoins essentiels, notamment à l’eau potable.
« À Shabunda, l’accès limité à l’eau potable et à l’assainissement expose davantage les populations aux maladies hydriques telles que le choléra », explique le Dr Didier Butara, coordinateur de projet de MSF à Shabunda.
Selon lui, l’isolement du territoire et les difficultés rencontrées pour acheminer les vaccins jusque dans les communautés éloignées perturbent également la vaccination de routine.
« Parallèlement, l’isolement de la zone et les difficultés pour acheminer les vaccins jusqu’aux communautés éloignées perturbent la vaccination de routine, laissant de nombreux enfants vulnérables à des maladies pourtant évitables, telles que la rougeole », souligne-t-il.
Une crise aggravée par les déplacements de populations
La situation sanitaire est également aggravée par les déplacements massifs de populations provoqués par les violences dans la région. De nombreuses familles sont contraintes de fuir leurs localités et de vivre dans des espaces parfois surpeuplés, dans des conditions extrêmement précaires, alors que plusieurs maladies circulent déjà.
Selon les données citées par MSF et provenant d’OCHA, environ 1,56 million de personnes étaient déplacées internes et 1,58 million étaient retournées dans leurs localités d’origine dans l’ensemble de la province du Sud-Kivu en mars 2026.
Dans le territoire de Shabunda, environ 113.000 personnes seraient déplacées internes, tandis que près de 71.500 autres seraient retournées dans leurs milieux d’origine, selon les autorités locales.
Ces mouvements de populations exercent une pression supplémentaire sur des services de santé déjà limités et fragilisés. Ils favorisent également la circulation des maladies et compliquent le suivi médical des personnes affectées.
Des difficultés d’accès qui compliquent la riposte
Les urgences sanitaires surviennent dans un territoire où l’accès demeure particulièrement difficile en raison du mauvais état des routes et de l’insécurité.
Par voie terrestre, l’acheminement des fournitures depuis Bukavu peut prendre beaucoup de temps et s’avérer parfois impossible. L’intensification du conflit entre le M23 et les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ainsi que leurs alliés a davantage compliqué l’accès à Shabunda.
Après la prise de Bukavu par le M23 en février 2025 et la fermeture de l’aéroport de la capitale provinciale, l’accès aérien au territoire est devenu encore plus complexe, nécessitant désormais des itinéraires plus longs à travers différents pays voisins.
Ces contraintes ont rendu le déploiement du personnel ainsi que l’acheminement des médicaments, du matériel médical et des équipements logistiques plus difficiles, plus coûteux et plus longs. Elles ont également affecté la capacité des organisations humanitaires à renforcer rapidement leur réponse.
« Lorsque nos équipes sont arrivées à Shabunda en mai, il n’y avait pratiquement aucun acteur ni approvisionnement disponible pour répondre à la situation. Les maladies continuaient de se propager et les taux de mortalité étaient très élevés », explique le Dr Didier Butara.
« Mais depuis juin dernier, nous avons progressivement intensifié notre réponse médicale », ajoute-t-il.
MSF soutient des centres de santé et des hôpitaux
Face à l’ampleur de la crise, MSF indique avoir acheminé du personnel, des médicaments et du matériel logistique afin d’améliorer la prise en charge des patients et de renforcer les activités liées à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement.
Les équipes de l’organisation soutiennent actuellement deux centres de santé et deux hôpitaux pour la prise en charge des patients atteints de rougeole. Cet appui comprend notamment le renforcement du personnel de santé ainsi que la fourniture de médicaments et de matériel médical.
Après l’apparition des premiers cas de choléra en juillet, MSF a également installé un centre de traitement du choléra à l’Hôpital général de référence de Shabunda.
Trois centres de traitement intermédiaire ont également été mis en place, notamment à Mungembe, dans le sud-ouest du territoire, ainsi qu’en amont de la rivière Ulindi, à Ndea et à Kinkobongo Kamushale.
En parallèle, MSF a soutenu une campagne de vaccination contre la rougeole et fourni des médicaments ainsi que du matériel logistique à six autres structures sanitaires du territoire. L’organisation apporte également un appui dans les domaines de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement.
Plus de 111.000 enfants vaccinés
Dans le cadre d’une campagne de vaccination contre la rougeole et la rubéole, MSF a soutenu le ministère de la Santé publique à travers plusieurs interventions logistiques, notamment la réparation de la chaîne de froid, la supervision des opérations et le transport.
Cet appui a permis la vaccination de 111.233 enfants âgés de 6 mois à 14 ans.
Entre le 3 juillet et le 21 août, les équipes de MSF avaient déjà pris en charge 1.161 patients atteints de rougeole dans les centres de santé soutenus et 406 autres patients au niveau hospitalier.
Plus de 500 personnes atteintes de choléra avaient également été prises en charge dans les structures appuyées par l’organisation humanitaire.
MSF appelle à renforcer la réponse sanitaire
Malgré l’intensification de la réponse, les besoins sanitaires restent importants dans le territoire de Shabunda, particulièrement pour les populations les plus vulnérables.
« Au regard des besoins sanitaires persistants dans la zone de santé de Shabunda, notamment chez les enfants et les femmes enceintes, MSF appelle à renforcer les capacités de réponse aux urgences sanitaires et à garantir un accès effectif aux soins pour les populations les plus vulnérables », conclut le Dr. Didier Butara.
Dans ce territoire isolé du Sud-Kivu, la lutte contre la rougeole et le choléra reste ainsi confrontée à un double défi : répondre rapidement aux urgences sanitaires tout en surmontant les contraintes liées à l’insécurité, aux déplacements de populations et aux graves difficultés logistiques qui limitent l’accès des communautés aux soins essentiels.
