Sud-Kivu : pénurie de semences et accès limité aux terres, une menace pour la saison culturale B

crise agricole majeure au Sud-Kivu

Dans la province du Sud-Kivu, les agriculteurs font face à une crise agricole majeure marquée par la pénurie de semences, l’accès limité aux terres arables, l’insécurité persistante et les effets du dérèglement climatique. Cette situation menace sérieusement la saison culturale B, notamment dans les territoires de Walungu, Kabare et Kalehe, et risque d’aggraver l’insécurité alimentaire déjà préoccupante dans la région.

Walungu : à Kamanyola, la sécheresse épuise les réserves agricoles

Dans la plaine de la Ruzizi, à Kamanyola, territoire de Walungu, les cultivateurs peinent à relancer leurs activités agricoles après une saison culturale A marquée par de faibles rendements. L’absence prolongée des pluies a sévèrement affecté les cultures de maïs et de haricots, réduisant considérablement les récoltes et épuisant les semences habituellement conservées pour la saison suivante.

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Rencontrés dans différents quartiers de la cité, plusieurs paysans expriment leurs inquiétudes.

« Nous n’avons plus de semences pour préparer la saison B. Si rien n’est fait rapidement, nous risquons de ne rien récolter dans les mois à venir », confie un agriculteur local.

Face à cette situation, les producteurs lancent un appel pressant pour un appui urgent en semences adaptées, afin de sauver la saison culturale B et prévenir une dégradation de la situation nutritionnelle dans la région.

Kabare : des agriculteurs déplacés sans terres ni semences

Dans le territoire de Kabare, notamment à Miti, les agriculteurs déplacés par les conflits armés font face à un double défi : l’absence de terres arables et la pénurie de semences.

Janvier Bapurusi Masirika, agriculteur et habitant de Miti, explique que de nombreux déplacés n’ont pas accès à des champs pour cultiver.

« La majorité des agriculteurs déplacés n’ont pas de terres. Même ceux qui parviennent à en louer se heurtent au manque de semences. C’est un véritable casse-tête », déplore-t-il.

Selon lui, le choix des semences doit impérativement tenir compte du climat, du relief, de la nature du sol et de la courte durée de la saison culturale B, à l’exception de certaines cultures maraîchères pratiquées dans des zones irriguées.

« Sélectionner des semences adaptées et performantes est essentiel pour améliorer les rendements, renforcer la sécurité alimentaire et réduire la dépendance à l’aide humanitaire », insiste-t-il.

Kalehe : conflits armés, maladies des plantes et vulnérabilité accrue

Dans le territoire de Kalehe, la situation reste tout aussi préoccupante. Plusieurs déplacés et retournés manquent de semences et accèdent difficilement aux terres arables, notamment dans les plantations, pour préparer la saison culturale B. Beaucoup ont perdu leurs semences en fuyant les affrontements armés.

À ces difficultés s’ajoute la recrudescence de maladies des plantes, notamment le flétrissement bactérien du bananier, les chenilles légionnaires du maïs et la pourriture du manioc, qui menacent gravement les moyens de subsistance des populations locales.

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Habamungu Muhumulira Bodson, retourné vivant dans le groupement de Mbinga Nord, à Mukwija, témoigne :
« Les maladies détruisent nos cultures, alors que nous n’avons déjà presque rien. La situation socio-économique devient de plus en plus difficile pour les familles qui vivent sur le littoral de Kalehe. »

Dans les territoires de Walungu, Kabare et Kalehe, les agriculteurs partagent une même crainte : voir la saison culturale B échouer faute de semences, de terres et d’un accompagnement adéquat.

Ils appellent à une réponse humanitaire urgente, axée sur la distribution de semences adaptées, l’amélioration de l’accès à la terre pour les déplacés, ainsi que la lutte contre les maladies des cultures, afin de renforcer la résilience agricole et prévenir une crise alimentaire plus profonde au Sud-Kivu.

Cet article a été produit dans le cadre du projet « Habari za Mahali », une initiative du consortium RATECO-REMEL, avec le soutien de Media4Dialogue de La Benevolencija.

Anaïs Ansima

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