À l’occasion de la Journée internationale de l’infirmière célébrée ce 12 mai, les regards se tournent vers les infirmiers de l’Est de la République démocratique du Congo, confrontés quotidiennement à l’insécurité et à des conditions de travail particulièrement précaires. Dans les zones affectées par les conflits armés, ces professionnels de santé continuent d’assurer les soins malgré les risques permanents, le manque d’équipements et les difficultés économiques qui frappent les structures sanitaires.
Dans plusieurs territoires du Sud-Kivu, exercer le métier d’infirmier est devenu un véritable acte de résistance. Entre violences armées et crise économique, les centres de santé peinent à fonctionner normalement tandis que les soignants restent exposés aux mêmes menaces que les populations civiles.
Pour Olivier Habamungu Linaku, infirmier au centre de santé de Tchahoboka, l’insécurité a profondément bouleversé le fonctionnement de son établissement.
Il raconte qu’en novembre dernier, des hommes armés ont fait irruption dans le centre de santé, semant la terreur parmi les patients et le personnel soignant.
« Quelques malades et leurs gardes malades ont été enlevés du centre de santé pendant la nuit et tués à quelques mètres. Actuellement, nous faisons même une ou deux journées sans recevoir un malade », témoigne-t-il.
Selon lui, cette situation a créé un climat de peur permanent dans la communauté, poussant certains habitants à éviter les structures sanitaires par crainte des attaques ou des enlèvements.
Au-delà de l’insécurité, les infirmiers dénoncent également l’effondrement progressif des conditions de travail dans plusieurs établissements de santé de la région.
Cliniques Universitaires de Bukavu, Mulume Cumusa Chérubin explique que la crise économique affecte gravement l’approvisionnement en médicaments et en matériels médicaux.
« Tous ces problèmes ne nous permettent pas d’exercer correctement notre travail. Car ils rendent les soins difficiles et réduisent la qualité de la prise en charge des patients », souligne-t-il.
Selon cet infirmier, les difficultés de transport, l’insuffisance des équipements médicaux et le faible pouvoir d’achat des patients compliquent davantage le travail des équipes soignantes.
Malgré ces défis, il affirme que les infirmiers tentent de maintenir les soins grâce à la solidarité et à l’esprit d’équipe.
« Pour satisfaire les besoins des patients malgré les défis, nous faisons preuve de courage et d’esprit d’équipe. Nous utilisons aussi les moyens disponibles de manière efficace », ajoute-t-il.
En cette Journée internationale de l’infirmière, plusieurs professionnels de santé estiment que les infirmiers restent aujourd’hui l’un des derniers remparts humanitaires dans les zones affectées par les violences armées.
Ils rappellent toutefois que leur engagement ne peut suffire sans un appui concret des autorités et des partenaires du secteur sanitaire.
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Dans un contexte marqué par l’insécurité persistante dans l’Est de la RDC, les soignants appellent notamment à l’amélioration de la sécurité autour des structures sanitaires, la dotation en médicaments et équipements médicaux, l’amélioration des conditions salariales ainsi qu’un soutien accru au personnel de santé exerçant dans les zones à risque.
Pour plusieurs observateurs, les témoignages de ces infirmiers illustrent les difficultés auxquelles fait face le système sanitaire congolais dans les provinces touchées par les conflits armés.
