Sud-Kivu : quand la houe devient mémoire, dignité et arme contre la faim

PAM
Feza Blandine is a hard-working mother of six who lives in the village of Ndjingala in Walikale. She is a farmer and small business owner who works hard to provide for her family. In addition to tending her crops, Feza plays an important role in her community as the women’s representative for the village savings group, helping other women find ways to improve their lives. Feza participated in a resilience project led by the World Food Programme in partnership with the Food and Agriculture Organization and

Dans les collines verdoyantes de Mudusa, en territoire de Kabare, un objet du quotidien a retrouvé toute sa portée symbolique : la houe. Le dimanche 10 mai 2026, des femmes âgées ont ravivé la mémoire collective autour de cet outil ancestral lors d’une activité intergénérationnelle organisée par Elders Assistancy.

Baptisée « Luhoko Story Bench », cette rencontre a réuni des femmes âgées, des jeunes filles et garçons autour d’un espace d’échange consacré à la transmission des savoirs et des expériences rurales. À travers récits, témoignages et souvenirs, les participantes ont raconté une partie de l’histoire culturelle, sociale et agricole du Kivu, marquée par la résilience, la survie et l’identité communautaire.

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Au fil des échanges, les femmes ont rappelé que la houe dépasse largement sa simple fonction agricole. Dans les villages du Sud-Kivu, elle représente un véritable pilier de la vie communautaire et familiale.

« Enfuka y’efuka enda », expression en dialecte shi signifiant « la houe soutient le ventre », a rappelé Elena M’Kanyamukera.

Pour ces femmes rurales, la houe demeure un rempart contre la faim et la mendicité, un outil de survie communautaire, un symbole d’autonomie et de dignité ainsi qu’un instrument de résilience face aux crises et aux conflits.

Dans plusieurs zones enclavées et confrontées à l’insécurité, cultiver la terre reste le principal moyen de subsistance des familles. Même en période de guerre, expliquent-elles, la houe continue de représenter l’espoir de nourrir les ménages.

L’activité a également mis en lumière l’importance de la transmission intergénérationnelle. Les jeunes présents sont venus écouter et apprendre des savoirs souvent absents des livres, mais profondément ancrés dans les pratiques sociales locales.

Les participantes ont notamment évoqué certaines traditions aujourd’hui peu connues : autrefois, le son de deux houes annonçait officiellement l’arrivée des familles lors des cérémonies de dot, la capacité à manier la houe constituait un signe de valeur et d’honneur pour une femme, la progéniture était perçue comme une « force de la houe », contribuant aux travaux agricoles familiaux.

Même à un âge avancé, plusieurs de ces femmes continuent d’entretenir de petits jardins afin de garantir un minimum de sécurité alimentaire à leurs familles.

Malgré cet attachement profond à la terre, les participantes ont dénoncé les difficultés croissantes d’accès aux terres agricoles dans plusieurs zones rurales du Sud-Kivu.

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Selon elles, la présence de groupes armés dans certaines collines, plaines et marais limite fortement l’exploitation des champs et fragilise davantage les moyens de subsistance des populations déjà affectées par les conflits armés.

Cette situation accentue la vulnérabilité des communautés rurales, particulièrement celle des femmes âgées qui dépendent encore de l’agriculture pour survivre.

Hommage à Sœur Honorine « Nyamuhinga »

Les participantes ont également rendu hommage à Sœur Honorine Nyamuhinga, religieuse belge de la congrégation des Sœurs de la Charité de Jésus et de Marie basée à Paroisse de Nyantende.

Selon plusieurs témoignages, cette religieuse a marqué plusieurs générations de femmes rurales en les formant aux techniques agricoles modernes, notamment le semis en ligne, tout en valorisant la houe comme outil d’autonomie économique et de développement local.

À travers cette initiative, Elders Assistancy entend créer un espace de dialogue et de mémoire dans un contexte marqué par les fractures sociales et les conséquences des conflits.

Les participantes ont exprimé leur volonté de transmettre leur vécu et leurs connaissances aux générations futures afin de préserver des pratiques culturelles et agricoles qui constituent une part essentielle de l’identité communautaire du Sud-Kivu.

Dans un monde en pleine mutation, ces récits rappellent que certaines réponses aux défis actuels peuvent aussi émerger de la sagesse des anciens.

« Écouter. Se souvenir ensemble. Restaurer la paix. »

Abdallah Mapenzi

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