Santé maternelle : des femmes pygmées de Bunyakiri meurent en masse en accouchant

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Chekanabo avec les femmes de son village à Musenyi, sur le préparatif du projet d’élevage
« Aucune femme ne devrait mourir en donnant la vie ». Cette expression ne concerne visiblement pas les femmes autochtones pygmées de la zone de Santé de Bunyakiri, territoire de Kalehe au Nord de la Province du Sud-Kivu qui meurent en masse faute de prise en charge par des structures médicales en période de grossesse et d’accouchement. Leurs enfants de zéro à un mois ne sont pas également épargnés.

Au moins 33 femmes pygmées enceintes sont décédées à la maison suite au manque d’intervention ou participation au Consultation Prénatale dans la zone de santé de Bunyakiri. Au moins 60 enfants en ont été victimes dans cette zone où les femmes autochtones ne sont pas les bienvenues dans des structures de santé.

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Ces chiffres ne concernent que les seules aires de santé de Maibano, Chebumba, Mushunguti, Chigoma ou encore Ziralo dans les villages Bukanga, Museny, Burali, Kalonge/Buoro, Mushunguti, Kasimba, Mirenzo, Mifumo/Chitendebwa, Katasomwa, Bundje et Lulere.

Sur place, plusieurs femmes autochtones témoignent que dans cette entité, elles meurent essentiellement parce qu’elles ne sont pas la bienvenue dans les structures médicales pour accoucher. Plusieurs d’entre elles meurent parce que le personnel soignant se soucie moins d’elles.

En effet, économiquement démunies, elles ne peuvent pas avoir, pour la plupart, des frais de maternité, de « caution » et ou simplement victimes de leur appartenance à la communauté pygmée.

« Les femmes enceintes Batwa meurent souvent à la maison ou dans des Centres de Santé dans notre territoire. Nous sommes négligées parce nous avons du mal à avoir de l’argent pour nous faire soignent. Depuis que nous avons été chassées du Parc National de Kahuzi Biega, ou nous utilisions des médicaments traditionnels pour nous soigner, nous mourrons comme des mouches. On refuse de prendre soins de nous convenablement même si nous allons dans des Centres de Santé. Nous sommes considérées comme des sous-hommes par d’autres peuples ici à Kalehe », se plaint l’une des femmes autochtones dans une interview accordée à la rédaction de La Prunelle RDC.

Selon ce rapport de l’organisation Action pour la Restauration de la Paix et la Justice (ARPJ), la situation des peuples Autochtones pygmées après leur expulsion dans le Parc National de Kahuzi Biega se dégrade du jour au lendemain. Les femmes autochtones accouchent toutes à la maison, assistées par des « sages-femmes » de leur communauté, mais sans expérience.

Conséquence : un taux élevé de mortalité maternelle et infantile chez les peuples autochtones.

Nakasopo et Nachaama du groupement de Musenyi en chefferie de Buloho, affirment toutes deux n’avoir jamais foulé leurs pieds à la maternité alors qu’elles sont mères d’au moins 5 enfants, chacune. Elles clament haut et fort qu’aucune femme, même pygmée, ne devrait mourir en donnant la vie.

« Les pygmées n’accèdent pas normalement aux soins de santé. Surtout les femmes enceintes n’arrivent même pas à la maternité. C’est cette situation qui est à la base de plusieurs décès causés par les sages-femmes pygmées profanes en matière d’accouchement, elles sont également sans formation. Pourquoi devrions-nous mourir en donnant la vie ? Pourquoi l’Etat et tous les partenaires du pays ne se soucient pas des femmes autochtones ?», s’interrogent-elles.

Ci-dessous un tableau de la situation peint par l’organisation ARPJ en 2020 et 2022 dans certaines aires de santé :
ZONE DE SANTE AIRE DE SANTE NOMBRE VILLAGE OBS
F E T
Bunyakiri Maibano 5 8 13 Bukanga
Chebumba 3 9 12 Museny
Chebumba 2 5 7 Burali
Chebumba 1 4 5 Kalonge/Buoro
Mushunguti 4 9 13 Mushunguti
Mushunguti 2 3 5 Kasimba
Chigoma 5 3 8 Mirenzo
Chigoma 3 6 9 Mifumo/Chitendebwa
Chigoma 4 5 9 Katasomwa
Ziralo 3 5 8 Bundje et Lulere
2 3 5 Lulere
TOTAL Général 33 60 94 Pour les aires de santés visitées par ARPJ asbl

Depuis plusieurs années déjà, les peuples autochtones ont été chassés du PNKB et cela a des conséquences fâcheuses sur tous les plans. La plus douloureuse est de voir les femmes mourir tous les jour en donnant la vie. Leur droit à la santé et à la vie n’est plus visiblement une obligation.

Problème reconnu par l’Etat

A la Division Provinciale de la Santé comme dans l’administration du territoire de Kalehe, ce problème est connu. Nombreux officiels, sous couvert de l’anonymat avancent des problèmes des moyens financiers pour faire face à ce défi qui met en danger les femmes enceintes pygmées dans un contexte de précarité extrême.

Des centres de santé financés pour les peuples autochtones pygmées

Comme ces femmes pygmées, l’organisation ARPJ plaide pour la construction des structures sanitaires spécifiques à la prise en charge des peuples autochtones et spécialement les femmes enceintes.

Franklin Mutaronza Chitemi Secrétaire Exécutif de l’organisation ARPJ estime que cela pourrait aider à répondre aux besoins de santé maternelle de ces femmes autochtones « qui meurent en silence devant tout le monde ».

« Ce que nous préconisons, c’est la construction des Centres de Santé qui vont spécifiquement se consacrer à prendre soins des femmes des peuples autochtones. Comment les femmes, mêmes autochtones pygmées peuvent-elles continuer à mourir en masse au 21ème siècle ? Cela est inacceptable. La deuxième étape sera celle du financement de ces structures pour que désormais ces femmes dépourvues de tout soient suivies et accompagnées dans tout le processus, même après accouchement ».

Au-delà des maternités !

Avoir des centres de santé pour que les femmes enceintes donnent naissance est une chose mais parvenir à former les accoucheuses dans la même communauté est l’idéal.

Pourtant, en plus des problèmes d’accès aux soins de santé primaire, leurs enfants étudient très difficilement et dépassent difficilement le niveau du cycle primaire.

Ces femmes dénoncent également le fait que leurs familles n’ont pas de toit familial ni des champs pour cultiver. Ces femmes devenues « malheureuses » ne vivent que du vol dans les champs des bantous aux alentours et cela accentue la violence envers elles.

Lydie Hamuli

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