L’organisation Médecins Sans Frontières (MSF) tire la sonnette d’alarme face à la dégradation inquiétante des soins maternels dans la zone de santé de Minova, au Sud-Kivu, après l’arrêt des financements internationaux au début de l’année 2026.
Dans un communiqué publié le 7 mai, le chef de mission de MSF au Sud-Kivu, Issa Moussa, dénonce une situation critique qui menace directement la santé des mères et des nouveau-nés.
Selon MSF, le retrait du financement de la Banque mondiale à travers le Programme multisectoriel de nutrition et de santé (PMNS) a contraint l’Hôpital général de référence (HGR) de Minova à instaurer des frais élevés pour des soins obstétricaux jusque-là accessibles.
Désormais, une césarienne coûte 100 dollars américains, tandis que la prise en charge d’un nouveau-né prématuré revient à 50 dollars. Des montants jugés inabordables pour une grande partie de la population locale déjà fragilisée par les crises économiques et sécuritaires.
Cette situation a entraîné une baisse importante de la fréquentation des services de maternité. En seulement deux mois, le nombre de patientes a chuté de 34 % par rapport à l’année 2025, précise MSF.
« Nous n’avons plus d’espoir. Je ne peux tout simplement pas payer », témoigne une patiente retenue à l’hôpital faute de moyens pour régler sa facture médicale.
Face à ces coûts devenus prohibitifs, plusieurs femmes enceintes se tournent vers le centre hospitalier de Numbi, dans les hauts plateaux, où MSF continue d’assurer gratuitement les soins. Toutefois, cette structure sanitaire fonctionne au-delà de ses capacités.
Selon les chiffres avancés dans le communiqué, le taux d’occupation des lits est passé de 95 % en octobre 2025 à 217 % au début de l’année 2026, soit plus de deux patientes par lit dans certains services.
Malgré l’insécurité persistante dans la région, de nombreuses femmes parcourent plusieurs kilomètres à pied pour accéder à ces soins gratuits, au risque d’aggraver davantage la surcharge du centre et la qualité des prises en charge.
MSF rappelle également que cette crise sanitaire survient dans un contexte déjà marqué par plusieurs urgences humanitaires au Sud-Kivu, notamment la recrudescence de la rougeole, du choléra et du Mpox, une malnutrition persistante dans les hauts plateaux ainsi qu’un niveau élevé de violences sexuelles.
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Face à cette situation, Issa Moussa appelle les partenaires internationaux et les autorités sanitaires à agir rapidement afin d’éviter l’effondrement total des services essentiels de santé dans la région.
« Sans relais opérationnel et financement rapide, les services essentiels de santé risquent de s’effondrer, avec des conséquences directes sur la mortalité maternelle et infantile au Sud-Kivu », avertit-il.
MSF estime que sans solution urgente ou mécanisme de transition, l’accouchement à domicile, avec les risques élevés qu’il comporte, pourrait redevenir la seule option pour des milliers de femmes dans la zone de Minova.
