Un appel urgent a été lancé au Gouverneur du Sud-Kivu pour mettre fin à l’abattage des hippopotames dans la région d’Uvira, où des éléments Wazalendo sont accusés de braconnage intensif, menaçant gravement la biodiversité locale.
Dans une lettre ouverte, Josué Aruna, membre du groupe de travail sur les hippopotames de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), président de la Société civile environnementale en RDC et ambassadeur écologique du bassin du Congo, dénonce une pratique qu’il qualifie « d’abattoir organisé » d’une espèce protégée, en violation des lois nationales et des accords internationaux.
Selon lui, depuis plusieurs mois, le Comité mondial des hippopotames et la Coalition de l’Écocide International suivent avec inquiétude la recrudescence de ce phénomène dans les zones d’Uvira et de la plaine de la Ruzizi. Les hippopotames y sont régulièrement abattus pour leur viande, souvent utilisée comme alternative à la viande commerciale dans un contexte de pénurie alimentaire aggravé par l’insécurité.
Des incidents récents illustrent cette situation, notamment l’abattage d’hippopotames à Kavimvira par des Wazalendo et à Kabimba par des militaires, révélant un conflit entre les besoins alimentaires d’urgence et les impératifs de conservation.
Au-delà de ces cas, la province du Sud-Kivu est confrontée à des tensions récurrentes entre les populations et la faune sauvage, marquées par des destructions de champs et des attaques signalées. Toutefois, des organisations environnementales, dont la SOCEARUCO, rappellent que l’abattage des hippopotames demeure illégal et peut être assimilé à un écocide.
Alors que certaines zones voisines, comme le Parc des Virunga au Nord-Kivu, enregistrent une légère reprise de la population d’hippopotames grâce au renforcement des patrouilles, la situation au Sud-Kivu continue de se détériorer.
Selon les dénonciations, les Wazalendo abattent ces animaux pour se nourrir lors de leurs opérations, en raison du manque de rations alimentaires, transformant ainsi les zones de conflit en véritables foyers de braconnage.
Ces pratiques violent la législation congolaise protégeant les hippopotames, classés parmi les espèces menacées, et exposent leurs auteurs à des poursuites pour crimes environnementaux, voire à des qualifications plus graves évoquées par certaines coalitions internationales.
Josué Aruna met en garde contre l’inaction des autorités provinciales, estimant que le gouvernement du Sud-Kivu pourrait être tenu responsable en cas de persistance de cette situation.
Il appelle à un « acte d’État » pour mettre fin à ces pratiques, notamment à travers la protection des habitats, la sensibilisation des communautés et la mise en place d’alternatives durables.
Face à cette crise, les écologistes plaident également pour des mécanismes incitatifs, tels que les taxes fauniques reversées aux communautés locales, afin de réduire la pression sur la faune et éviter une extinction locale des hippopotames.
Cet appel souligne l’urgence de concilier sécurité, opérations militaires et préservation de la biodiversité dans une province déjà fragilisée par les conflits armés. Reste à savoir si les autorités réagiront à temps pour éviter une escalade vers des actions judiciaires internationales.
