Plus de 2,3 millions d’enfants âgés de 0 à 5 ans sont attendus à la campagne de vaccination contre la poliomyélite prévue du 12 au 14 novembre 2026 dans la province du Sud-Kivu. Cette opération intervient après la notification de deux cas de poliovirus dans la zone de santé de Kitutu, en territoire de Mwenga, selon la Division provinciale de la santé (DPS).
Contacté par La Prunelle RDC samedi 31 octobre 2026, le Dr Claude Bahizire, chargé de communication à la DPS du Sud-Kivu, explique que cette campagne vise à renforcer l’immunité des enfants et à limiter les risques de propagation du virus vers d’autres zones de santé de la province.
La notification de ces deux cas fait craindre une éventuelle propagation vers les zones de santé environnantes, notamment Kalole, Kamituga et Mwenga, voire jusqu’à la ville de Bukavu.
« La zone de santé de Kitutu, dans le territoire de Mwenga, a notifié deux cas de poliovirus. Lorsqu’on a des cas de polio, c’est un virus qui se déplace rapidement et qui peut atteindre beaucoup d’enfants en un temps record. C’est pour cela qu’il y avait une urgence de riposter contre la poliomyélite, parce que cette maladie peut arriver même ici dans la ville de Bukavu, mais aussi dans les zones environnantes de Kitutu, notamment Kalole, Kamituga et Mwenga », explique le Dr Claude Bahizire.
La campagne ciblera tous les enfants âgés de 0 à 56 mois et se déroulera de porte à porte. Les équipes de vaccination administreront deux gouttes de vaccin à chaque enfant, y compris à ceux qui ont déjà reçu les doses prévues dans le calendrier vaccinal de routine.
La DPS précise que cette stratégie vise à atteindre tous les enfants, sans distinction de leur statut vaccinal. Une attention particulière sera accordée aux zones de santé considérées comme étant à risque, notamment Kitutu.
Les parents sont ainsi invités à garder leurs enfants à domicile pendant le passage des équipes de vaccination afin de leur permettre de recevoir les deux gouttes de vaccin.
Le Dr. Claude Bahizire insiste également sur la nécessité de poursuivre la vaccination de routine dans les structures sanitaires, en complément des campagnes supplémentaires.
« La polio n’a pas de médicament. L’unique moyen de sauver les enfants, c’est de les faire vacciner et de les faire vacciner correctement. La vaccination de routine que vous faites à l’hôpital ou au centre de santé est très importante, mais cela n’empêche pas les campagnes de renforcer encore l’immunité ou la protection de l’enfant contre la poliomyélite », souligne-t-il.
Une résurgence du poliovirus en RDC
Selon les données présentées par la DPS lors d’un briefing organisé à l’intention des professionnels des médias, le Sud-Kivu figure parmi les neuf provinces de la RDC ayant notifié des cas de poliomyélite en 2026.
À l’échelle nationale, 111 cas de poliovirus variant ont été signalés dans neuf provinces et 32 zones de santé, après une baisse importante des cas entre janvier 2022 et décembre 2025. Cette résurgence constitue une préoccupation pour les autorités sanitaires, qui entendent renforcer les interventions afin d’interrompre la circulation du virus.
Au-delà de la campagne, la DPS rappelle aux parents l’importance de respecter les neuf rendez-vous de vaccination de routine de l’enfant, de sa naissance jusqu’à l’âge de 15 mois.
Les autorités sanitaires insistent également sur le renforcement de la surveillance épidémiologique. Elles appellent la population à signaler rapidement tout cas suspect de paralysie flasque aiguë, notamment chez un enfant de moins de 15 ans qui, après avoir marché, rampé ou effectué normalement des mouvements, présente brusquement une faiblesse d’un ou de plusieurs membres ou une paralysie.
Toute personne, quel que soit son âge, présentant une paralysie pour laquelle un professionnel de santé soupçonne une poliomyélite doit également faire l’objet d’une investigation.
La DPS précise que la poliomyélite est une maladie virale, tandis que la paralysie flasque aiguë est un syndrome qui peut avoir plusieurs causes. La confirmation d’un cas suspect nécessite donc des examens de laboratoire et ne peut reposer uniquement sur un diagnostic clinique.
La transmission du poliovirus se fait principalement par voie féco-orale, notamment à travers l’eau ou les aliments contaminés par les selles d’une personne infectée.
Pour parvenir à l’éradication de la maladie, trois stratégies sont mises en avant : la vaccination de routine, les activités de vaccination supplémentaires et la surveillance épidémiologique.
À travers cette campagne de trois jours, la DPS du Sud-Kivu appelle les parents et les communautés à réserver un bon accueil aux équipes de vaccination et à faire vacciner tous les enfants concernés, même ceux qui ont déjà reçu leurs vaccins de routine.
Vinciane Ntabala et Bertin Byamungu
