RDC : Ebola, désinformation et impunité, JED alerte sur les menaces contre la liberté de la presse

La prolifération des rumeurs et des théories du complot autour de l’épidémie d’Ebola, combinée à la précarité des médias et aux menaces contre les journalistes, fragilise l’accès des populations à une information fiable en République démocratique du Congo (RDC). C’est l’un des principaux constats du rapport annuel de l’organisation Journaliste en Danger (JED), présenté lundi 2 novembre 2026 à Kinshasa, à l’occasion de la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes.

Intitulé autour des rumeurs, des légendes et du complotisme liés à Ebola, le rapport met en évidence les difficultés rencontrées par les professionnels des médias pour informer correctement la population en période de crise sanitaire. JED dénonce notamment les obstacles à l’accès aux sources, les risques d’agressions sur le terrain et la fragilité financière des rédactions, qui limitent les capacités d’enquête et de vérification.

Lire aussi : Kabare : des habitants appelés à renforcer les mesures de prévention contre Ebola

Pour Donat Mbaya, président de JED, la désinformation ne doit pas être confondue avec la liberté de la presse.

« Pour JED, la désinformation est un délit d’information, elle ne saurait être assimilée à la liberté de la presse. Tromper délibérément le public n’est pas informer. Manipuler les faits n’est pas exercer la responsabilité journalistique. La désinformation est aussi nuisible que la censure et doit être combattue avec la même énergie », a-t-il déclaré.

Ebola : les conséquences des rumeurs sur le terrain

Le rapport revient sur les conséquences que peuvent entraîner les fausses informations et les théories complotistes dans les communautés confrontées à l’épidémie d’Ebola, déclarée en RDC en mai 2026.

Parmi les incidents documentés figure l’incendie du centre de traitement de Bafwabango, dans la province de l’Ituri, le 30 juin 2026, qui aurait provoqué la fuite de patients infectés. Le document évoque également des attaques ciblant les équipes chargées des inhumations sécurisées.

Dans l’Est du pays, où les conflits armés et la précarité économique fragilisent davantage les communautés et les médias, la méfiance envers les institutions sanitaires constitue un obstacle supplémentaire à la diffusion des informations de santé publique.

Pour Tshivis Tshivuadi, secrétaire général de JED, la protection des journalistes est directement liée au droit des populations à accéder à une information fiable.

« Ce rapport nous sert à montrer le lien qui existe entre la sécurité des journalistes et la sécurité informationnelle des populations. Protéger les journalistes, c’est donc protéger le droit à l’information du public, surtout dans les périodes de crise. L’épidémie d’Ebola a révélé des faiblesses qui ne permettent pas aux journalistes de faire leur travail d’enquête et d’accéder aux sources pour combattre les rumeurs », a-t-il expliqué.

Les principaux défis identifiés par JED

Le rapport relève plusieurs obstacles qui compromettent le travail des médias en période de crise sanitaire :

  • Les risques d’agressions contre les journalistes sur le terrain et l’impunité des auteurs de violences ;
  • La prolifération des rumeurs et des théories du complot autour du virus Ebola ;
  • La fragilité financière des rédactions, qui limite les enquêtes approfondies ;
  • Les difficultés d’accès à des données sanitaires fiables et vérifiées.

Présent à la cérémonie, Nicolas Lianza, directeur de cabinet du ministre de la Communication et Médias, a salué le travail de documentation réalisé par JED. Il a également encouragé les organisations professionnelles à renforcer leur attention aux atteintes à la liberté de la presse dans l’Est du pays.

« J’encourage Journaliste en Danger et les autres organisations professionnelles à accorder une attention particulière aux atteintes à la liberté de la presse dans l’Est du pays, en garantissant la confidentialité des témoignages, l’anonymat des personnes exposées et la protection des sources. J’invite enfin les partenaires techniques et financiers à soutenir cet effort de documentation », a-t-il déclaré.

JED plaide pour des mécanismes de protection durables

Face à ces défis, JED appelle à des mesures structurelles pour améliorer les conditions de travail des journalistes en RDC. L’organisation plaide notamment pour la mise en place de mécanismes de protection pérennes, un financement adéquat des médias et un meilleur accès aux données sanitaires.

Lire aussi : Sud-Kivu : plus de 2,3 millions d’enfants attendus à la campagne de vaccination contre la poliomyélite

Elle estime que les journalistes doivent pouvoir travailler en toute indépendance et sécurité, particulièrement dans les zones affectées par les conflits et les urgences sanitaires.

À travers ce rapport, JED rappelle ainsi que la lutte contre la désinformation ne peut être efficace sans des médias capables d’enquêter, de vérifier les faits et de diffuser des informations fiables, sans subir de menaces ni de pressions.

Abdallah Mapenzi

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *