L’Association des négociants d’or du territoire de Mwenga et de la ville de Kamituga (ANOTM/KGA), au Sud-Kivu, exige la suppression des barrières qu’elle considère comme des points de tracasseries visant les acteurs du secteur aurifère. Dans un mémorandum adressé au vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et des Affaires coutumières, Jacquemain Shabani, elle met en cause le gouverneur Jean-Jacques Purusi Sadiki et l’administrateur du territoire de Mwenga, qu’elle accuse d’être impliqués dans des actes présumés de menaces, de vols et de perception illégale d’argent.
Dans ce document, les négociants d’or et les exploitants artisanaux dénoncent ce qu’ils qualifient de « manœuvres d’un réseau mafieux ». Ils affirment que les deux autorités agiraient en complicité avec un groupe d’hommes armés dans le but de dépouiller les acteurs du secteur aurifère de leurs biens. Ces accusations, formulées par l’association, nécessitent des vérifications indépendantes et les réactions des autorités mises en cause.
L’ANOTM/KGA déplore également les mesures prises par l’exécutif provincial dans le secteur minier, alors que les conditions sécuritaires restent incertaines dans la région. Selon l’association, les négociants ne bénéficient pas de garanties suffisantes en matière de sécurité, de libre circulation et d’accès à des voies de communication fiables, pourtant indispensables à la poursuite de leurs activités commerciales.
Dans son mémorandum, la structure estime que les taxes et autres droits exigés des opérateurs ne s’accompagnent pas des services attendus en retour, notamment la protection des personnes et des capitaux ainsi que la garantie de la libre circulation.
« Le contraire est que du jour au jour, ce gouvernement provincial devient violent et sans pitié à l’égard des négociants d’or et exploitants artisanaux en nous agenouillant au paiement cavalier des taxes et autres droits exorbitants sans tenir compte des enjeux de l’ère, tout en ignorant que le paiement de la taxe est significatif dans sa contrepartie profitable aux assujettis, en l’occurrence aux négociants et exploitants artisanaux, laquelle se définit en sécurité et protection de nos intérêts (capitaux) et à la libre circulation qui sont les obligations de l’État envers ses citoyens conformément aux dispositions des articles 50 alinéa 1er et 52 alinéa 1er de la Constitution de la RDC du 18 février telle que modifiée en ce jour », dénonce l’association.
Des accusations liées à l’application du Code minier
Le président de l’ANOTM/KGA, Songa Iluba, accuse pour sa part le gouverneur Jean-Jacques Purusi Sadiki et l’administrateur du territoire de Mwenga de mener, selon lui, une politique visant à fragiliser les négociants d’or pour s’enrichir illicitement.
Il dénonce notamment l’utilisation présumée des dispositions des articles 303 et 305 du Code minier, relatives à la détention illicite de substances minérales et à la fraude, comme prétextes pour mener des opérations contre les acteurs du secteur aurifère.
« Cette entreprise criminelle bien organisée utilise une interprétation erronée de ces articles 303 et 305 du Code minier pour perpétrer le pillage énorme des négociants et exploitants artisanaux, en ce sens que l’article 303, sans le citer, frappe quiconque aura détenu illégalement les substances minérales », affirme Songa Iluba.
L’association alerte également le ministre de l’Intérieur sur le recours présumé aux Wazalendo et à d’autres personnes armées pour faire appliquer certaines mesures administratives, au lieu de passer par les services compétents prévus par la législation minière.
Selon son président, ces personnes exigeraient des sommes importantes aux négociants, présentées comme des amendes.
« Aujourd’hui, ces Wazalendo perçoivent à titre d’amendes des sommes allant de 2.500 à 20.000 dollars américains payés entre leurs mains », dénonce-t-il.
Des revendications adressées au gouvernement central
Face à ces faits dénoncés, l’ANOTM/KGA demande la restitution des colis d’or qui auraient été saisis par les hommes armés qu’elle met en cause. Elle réclame également des garanties de sécurité en contrepartie des taxes payées par les opérateurs du secteur.
L’association sollicite par ailleurs l’ouverture urgente d’un mini-comptoir et d’une agence de la Caisse générale d’épargne du Congo (CADECO) dans la ville de Kamituga. Elle estime que ces structures permettraient notamment d’éviter que les négociants soient exposés à des accusations liées au transport de minerais vers les zones sous contrôle du FRN-M23.
Enfin, elle exige la suppression de toutes les barrières qu’elle considère comme des points de tracasseries dans les zones sous contrôle du gouvernement congolais. Elle demande aussi l’interpellation des personnes présumées impliquées, y compris les membres du groupe armé cité dans son mémorandum, afin qu’elles répondent de leurs actes devant la justice.
Ces revendications interviennent à l’issue de la journée ville morte organisée lundi 2 novembre 2026 à Mwenga et à Kamituga. Cette mobilisation visait à protester contre les tracasseries que les négociants d’or imputent à certains militaires des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et à leurs alliés opérant dans la région.
