Bukavu : 23 ans après le Protocole de Maputo, des organisations plaident pour un renforcement de la sensibilisation sur la santé sexuelle et reproductive

Vingt-trois ans après l’adoption du Protocole de Maputo, plusieurs organisations de défense des droits des femmes estiment que des progrès ont été réalisés en matière de santé sexuelle et reproductive en République démocratique du Congo. Elles considèrent toutefois que ces avancées demeurent insuffisantes et appellent à intensifier les efforts de sensibilisation, particulièrement dans l’Est du pays.

À l’occasion de la Journée du Protocole de Maputo, célébrée chaque 11 juillet, la rédaction de La Prunelle RDC a recueilli, lundi 13 juillet 2026, les témoignages de plusieurs organisations féminines de Bukavu. Toutes reconnaissent des améliorations, tout en soulignant que de nombreux défis restent à relever pour garantir l’application effective de l’article 14 du Protocole, consacré aux droits des femmes en matière de santé sexuelle et reproductive.

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Pour Daniella Matabaro, chargée adjointe des programmes au sein de Congo Hope Initiative, plusieurs avancées sont perceptibles, notamment grâce au renforcement des campagnes de sensibilisation sur les droits des femmes, à une meilleure disponibilité des services de planification familiale dans certaines structures sanitaires ainsi qu’à l’amélioration de la prise en charge psychosociale des survivantes de violences sexuelles.

« Dans la province du Sud-Kivu, des avancées non négligeables sont observées en matière de santé sexuelle et reproductive. Les campagnes de sensibilisation sur les droits des femmes se sont intensifiées, les services de planification familiale sont davantage disponibles dans plusieurs structures de santé et des efforts sont réalisés pour réduire la mortalité maternelle grâce aux consultations prénatales et à l’assistance qualifiée lors des accouchements », explique-t-elle.

Elle précise néanmoins que ces progrès restent limités par le contexte sécuritaire.

Selon elle, les conflits armés provoquent des déplacements massifs de populations, éloignent les femmes des centres de santé, augmentent le coût des soins et compliquent l’accès aux contraceptifs. Elle déplore également la recrudescence des violences sexuelles ainsi que le poids de certaines normes socioculturelles qui continuent de freiner l’exercice des droits des femmes.

« Les conflits armés, les déplacements de populations, la pénurie de médicaments, notamment des contraceptifs, ainsi que les violences sexuelles persistantes constituent autant d’obstacles. À cela s’ajoutent certaines pratiques culturelles qui continuent à discriminer les femmes et les filles », souligne Daniella Matabaro.

Elle appelle les autorités, les partenaires et les organisations de la société civile à renforcer leurs engagements afin de garantir l’application effective de l’article 14 du Protocole de Maputo.

« Garantir le droit à la santé sexuelle et reproductive, c’est investir dans la dignité, la santé et le développement de toute la société », insiste-t-elle.

De son côté, Solange Lwashiga, présidente du Caucus des femmes du Sud-Kivu, estime que le principal défi demeure la faible connaissance du Protocole de Maputo par la population.

« Ce protocole reste peu connu par une grande partie de la population. Lorsqu’on en parlait autrefois, c’était presque un sujet tabou. Aujourd’hui, la situation évolue progressivement, mais beaucoup reste à faire pour sa vulgarisation », explique-t-elle.

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Elle souligne que certaines dispositions du Protocole, notamment celles relatives à l’interruption médicale de grossesse dans des situations prévues par la loi, continuent d’être mal comprises en raison de considérations culturelles ou religieuses.

« Beaucoup pensent que le Protocole encourage l’avortement, alors qu’il prévoit des conditions bien précises, notamment en cas de viol, d’inceste ou lorsque la vie de la mère est en danger », précise-t-elle.

Selon Solange Lwashiga, plusieurs projets mis en œuvre au Sud-Kivu prennent déjà en compte les besoins spécifiques des femmes et des adolescentes, notamment en matière de gestion de l’hygiène menstruelle, de prise en charge des survivantes de violences sexuelles, d’accompagnement juridique et de planification familiale.

« Aujourd’hui, les jeunes filles parlent plus librement de leurs menstruations qu’auparavant. Cette évolution est le résultat des efforts de sensibilisation menés depuis plusieurs années », indique-t-elle.

Elle regrette toutefois que l’insécurité, le mauvais état des infrastructures routières ainsi que certaines pratiques coutumières continuent de limiter les activités de sensibilisation dans plusieurs zones rurales.

Pour elle, les principaux défis restent liés à la mauvaise interprétation du Protocole de Maputo.

« Ce texte protège également les femmes contre les pratiques néfastes comme les mutilations génitales féminines, les mariages précoces ou certaines pratiques coutumières dégradantes. Il est important que chacun le comprenne avant de le juger », affirme-t-elle.

Enfin, Solange Lwashiga invite les organisations de défense des droits des femmes à s’approprier davantage le Protocole de Maputo et à intégrer sa vulgarisation dans leurs programmes d’activités. Elle encourage également les médias à multiplier les émissions de sensibilisation afin que la population puisse mieux connaître les droits consacrés par ce texte.

Sylvie Bahati

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