Ebola en RDC : la fermeture temporaire de la frontière RDC-Rwanda et ses impacts sur le commerce transfrontalier

Ruzizi 1 Bukavu

La fermeture provisoire de la frontière entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, décidée dans le contexte de la résurgence de l’épidémie d’Ebola dans l’Est de la RDC, suscite de nombreuses inquiétudes au sein des milieux économiques de la province du Sud-Kivu.

Dans un entretien accordé à La Prunelle RDC ce lundi 18 mai 2026, Justin Murhula, économiste basé à Bukavu, estime que cette mesure sanitaire risque d’avoir des répercussions importantes sur le commerce transfrontalier, l’approvisionnement des marchés ainsi que le quotidien des populations vivant des échanges avec le Rwanda.

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Murhula rappelle que plusieurs centres urbains du Sud-Kivu, particulièrement la ville de Bukavu, dépendent aujourd’hui fortement des produits alimentaires importés du Rwanda.

Il explique que la situation sécuritaire dans plusieurs zones agricoles du Sud-Kivu ne permet plus un approvisionnement normal des marchés locaux.

« Aujourd’hui, il devient presque impossible d’obtenir certains produits agricoles venant de Bunyakiri, Kalehe ou Bushushu à cause de l’insécurité. Beaucoup d’agriculteurs ont abandonné leurs champs ou perdu leurs récoltes suite à la guerre et aux perturbations climatiques », explique-t-il.

L’économiste cite notamment les bananes plantains, les haricots, les arachides, les pommes de terre ou encore l’huile de palme parmi les produits devenus difficiles à acheminer vers Bukavu.

Pour Justin Murhula, l’état des infrastructures routières complique davantage la situation. Il estime que si certains axes étaient praticables, les produits venant de la Tanzanie via le Burundi, Uvira, Ngomo et Nyangezi pourraient ravitailler plus facilement Bukavu.

« La route reste un grand problème. Même si les produits existent ailleurs, leur acheminement vers Bukavu devient difficile à cause de l’insécurité et du mauvais état des routes », souligne-t-il.

Bien qu’il reconnaisse que la fermeture des frontières constitue une mesure préventive importante pour limiter la propagation du virus Ebola, il estime néanmoins que cette décision aura des conséquences économiques considérables.

« Les commerçants qui passent par Kigali ou Kamembe pour voyager ou s’approvisionner en marchandises ne savent plus comment travailler. Ceux qui importent la farine de maïs depuis l’Ouganda ou la Tanzanie sont également bloqués », regrette-t-il.

L’impact ne concerne pas uniquement les commerçants congolais. Selon cet économiste, plusieurs producteurs rwandais dépendent également du marché congolais, notamment celui de Bukavu où de nombreux produits rwandais sont consommés quotidiennement.

De son côté, Pascaline Mpalirwa, présidente des petits commerçants transfrontaliers à Bukavu, indique que la fermeture temporaire de la frontière affecte déjà fortement les activités commerciales des petits opérateurs économiques.

« Nous serons contraints d’acheter les produits à distance, sans discuter le prix et parfois même sans pouvoir vérifier la qualité des marchandises puisque nous ne serons pas présents sur place. Cela peut provoquer des pénuries et une hausse des prix des produits. Désormais, les achats se feront par téléphone », regrette-t-elle.

Pascaline Mpalirwa appelle également les petits commerçants congolais et rwandais à faire preuve de confiance mutuelle et d’honnêteté afin de faciliter les transactions commerciales comme cela avait été le cas pendant la pandémie de Covid-19.

« Nous demandons aux autorités d’autoriser au moins une personne, Congolaise ou Rwandaise, à traverser dans les embarcations afin que nous puissions négocier directement lors des achats », plaide-t-elle.

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Face à cette situation, Justin Murhula rappelle certaines initiatives mises en place durant la pandémie de Covid-19 pour maintenir les activités commerciales malgré les restrictions frontalières.

« À l’époque du Covid-19, les petits commerçants s’organisaient en groupes pour envoyer une personne effectuer les achats au Rwanda avant d’acheminer les marchandises vers Bukavu par camion », rappelle-t-il.

Enfin, il appelle les autorités à accélérer la réouverture de certains axes routiers stratégiques, notamment la route Bukavu-Kamanyola via Ngomo, afin de faciliter le ravitaillement depuis le Burundi.

Il plaide également pour une amélioration durable de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC ainsi que pour la réhabilitation des infrastructures routières afin de soutenir les échanges économiques dans la région.

Suzanne Baleke

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