Alors que la menace de la maladie à virus Ebola continue d’inquiéter dans l’Est de la République démocratique du Congo, les établissements scolaires de Bukavu tentent de renforcer les mesures barrières pour prévenir toute propagation en milieu éducatif. Cependant, le niveau de préparation varie fortement d’une école à une autre, révélant de profondes inégalités liées notamment au manque d’eau, aux difficultés financières et à l’insuffisance des infrastructures sanitaires.
Dans plusieurs écoles visitées, notamment le collège Alfajiri, l’École primaire Nyalukemba et le Complexe scolaire Les Progrès, des dispositifs de lavage des mains ont été installés à l’entrée des établissements et dans certaines cours.
Malgré cette volonté affichée de participer à la riposte sanitaire, de nombreuses écoles publiques peinent encore à appliquer efficacement les mesures de prévention recommandées contre Ebola.
À l’École primaire Nyalukemba, la Direction évoque des difficultés importantes liées au manque d’eau potable et à l’absence de moyens de fonctionnement.
« Nous avions une difficulté avec l’eau qui n’est pas permanente au robinet, et nous avions déjà deux mois sans recevoir l’argent de fonctionnement », explique Madame Mparanyi Isabelle, Directrice de l’Etablissement.
Selon elle, les équipes éducatives tentent malgré tout de sensibiliser les élèves au respect des gestes barrières, mais les conditions matérielles compliquent la mise en œuvre permanente des mesures d’hygiène.
Dans d’autres établissements, les dispositifs semblent mieux organisés. Au Complexe scolaire Le Progrès, la direction affirme avoir renforcé les mesures de prévention dès l’apparition de l’alerte Ebola dans la région.
L’établissement dispose notamment d’une clinique scolaire et d’un personnel médical chargé du suivi sanitaire des élèves.
« Nous, ici au niveau du Progrès, nous avons un médecin d’abord, parce que nous avons la clinique au niveau de l’école. Au niveau du portail, nous avons mis d’ailleurs des lave-mains. Et dès que l’enfant entre, directement, il doit se laver les mains », indique Matabaro Barhafumwa Eustache, Directeur de l’école primaire.
Au-delà des infrastructures, ce responsable scolaire insiste également sur la sensibilisation continue des élèves et des parents afin que les mesures de prévention soient respectées aussi bien à l’école qu’à domicile.
« Nous leur disons de ne plus avoir de contacts physiques avec les gens. Aux parents, nous leur disons vraiment de continuer à sensibiliser fortement à la maison parce que cette maladie, c’est une mauvaise maladie, l’Ebola », ajoute-t-il.
Dans les écoles visitées, plusieurs élèves affirment être désormais conscients des risques liés à Ebola. Certains expliquent avoir appris à se laver régulièrement les mains, éviter les contacts physiques et signaler toute personne présentant des symptômes suspects.
Cependant, malgré les efforts de sensibilisation, plusieurs observateurs estiment que les établissements scolaires restent vulnérables face à une éventuelle propagation du virus, particulièrement dans les écoles publiques confrontées à des difficultés structurelles importantes.
Le manque d’eau potable permanente, l’insuffisance des produits d’hygiène, l’absence de financements réguliers ainsi que la forte concentration des élèves dans certaines écoles constituent autant de défis pour une application rigoureuse des mesures barrières.
Pour plusieurs acteurs éducatifs rencontrés, la prévention d’Ebola dans les écoles ne pourra être efficace sans un appui accru des autorités sanitaires et éducatives.
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Ils appellent notamment à l’approvisionnement régulier en eau, savon et dispositifs de lavage des mains, mais aussi au paiement des frais de fonctionnement des écoles publiques afin de renforcer durablement les capacités de prévention dans les établissements scolaires.
Alors que la maladie à virus Ebola revient avec force dans l’Est du pays, de nombreux responsables scolaires estiment que les écoles ne doivent pas devenir un maillon faible de la riposte sanitaire.
