L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) tire la sonnette d’alarme face à l’évolution de l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo. Avec 1.926 cas confirmés et 702 décès enregistrés au 11 juillet 2026, cette flambée causée par la souche Bundibugyo est devenue la troisième plus importante de l’histoire du pays.
Selon l’OMS, la maladie progresse actuellement plus rapidement que les capacités de riposte, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises, les partenaires internationaux et les communautés locales. Désormais, cinq provinces sont touchées : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé et la Tshopo, soit 42 zones de santé affectées.
L’Ituri demeure l’épicentre de l’épidémie avec 26 zones de santé concernées, dont une dizaine sont considérées comme particulièrement critiques. Les provinces du Haut-Uélé et de la Tshopo ont également enregistré de nouveaux cas au cours des derniers jours.
De retour d’une mission de cinq jours à Bunia, le directeur exécutif du Programme de gestion des situations d’urgence sanitaire de l’OMS, Dr Chikwe Ihekweazu, a reconnu les progrès accomplis tout en avertissant que la situation reste extrêmement préoccupante.
« Des progrès sont réalisés, mais l’épidémie progresse trop rapidement et se propage à une trop grande échelle », a-t-il déclaré.
Comparant la situation à un incendie, le responsable de l’OMS estime que les efforts actuels ne suffisent pas encore à freiner efficacement la propagation du virus.
« Il faut imaginer que c’est comme un incendie. Il y a quelque chose qui alimente le feu en son cœur, et en même temps, il continue de se propager », a expliqué le Dr Ihekweazu.
L’organisation indique avoir enregistré récemment certains des bilans quotidiens les plus élevés depuis le début de cette flambée, avec plus de 80 nouveaux cas confirmés en une seule journée.
L’OMS se dit également préoccupée par le fait que de nombreuses personnes continuent de mourir à domicile sans avoir bénéficié d’une prise en charge médicale. En outre, 80 % des nouveaux cas recensés ne figuraient pas parmi les contacts déjà identifiés, ce qui laisse penser que plusieurs chaînes de transmission échappent encore aux équipes de riposte.
Face à cette situation, l’OMS insiste sur plusieurs priorités : détecter les cas plus rapidement, renforcer la recherche des contacts, améliorer l’accès aux soins et renforcer la confiance des communautés envers les structures sanitaires.
Malgré ces défis, des progrès importants ont été enregistrés ces dernières semaines. Les capacités de prise en charge se sont renforcées avec plus de 700 lits d’hospitalisation, 14 laboratoires opérationnels contre un seul auparavant, près de 80 % des personnes contacts suivies, ainsi que plus de 21.000 agents communautaires formés.
La recherche scientifique se poursuit également. L’OMS et ses partenaires recrutent actuellement des patients dans le cadre d’un essai clinique visant à identifier des traitements efficaces contre la souche Bundibugyo. En parallèle, l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), l’ONG ALIMA et leurs partenaires doivent lancer l’essai clinique EBO-PEP, destiné à évaluer l’efficacité d’un traitement préventif chez les personnes ayant été en contact avec des cas confirmés.
Toutefois, l’OMS souligne que la riposte demeure confrontée à un important déficit de financement. Sur les 115 millions de dollars nécessaires pour soutenir les opérations, seuls 39 % ont été mobilisés, laissant un manque d’environ 70 millions de dollars.
Selon l’organisation, ces ressources sont indispensables pour renforcer la surveillance épidémiologique, le dépistage, la recherche des contacts, la prise en charge des patients ainsi que le développement de nouveaux vaccins, traitements et outils diagnostiques.
« Il est possible d’enrayer Ebola. Nous y sommes déjà parvenus par le passé. Mais pour y parvenir, il faudra un engagement soutenu, un partenariat solide avec les communautés touchées et des ressources à la hauteur de l’ampleur du défi », a conclu le Dr Chikwe Ihekweazu, cité par ONU Info.
