Idjwi : la population prise au piège entre crise sanitaire et flambée des coûts des soins

Idjwi

Le territoire insulaire d’Idjwi, dans la province du Sud-Kivu, traverse une grave crise sanitaire aggravée par la hausse importante des coûts des soins médicaux et des médicaments. Depuis près de six mois, plusieurs habitants dénoncent une augmentation des frais d’hospitalisation dans les structures sanitaires locales, au moment où la rougeole refait surface dans plusieurs villages.

Face à cette situation, de nombreuses familles, déjà fragilisées par la baisse du pouvoir d’achat, renoncent désormais aux soins modernes et se tournent vers la médecine traditionnelle. Une alternative qui, selon plusieurs témoignages, entraîne de nombreux décès dans les communautés.

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Dans le groupement Mpene, en chefferie de Ntambuka, la société civile tire la sonnette d’alarme. Son président, Amos Buyeye, affirme qu’au moins 34 personnes sont mortes en l’espace d’un mois, plusieurs malades ayant préféré rester à domicile par crainte des coûts élevés des soins.

« Beaucoup de personnes évitent les structures sanitaires parce qu’elles n’ont pas les moyens de payer. Ceux qui finissent par s’y rendre arrivent souvent dans un état déjà très critique », explique-t-il.

La société civile dénonce également l’absence d’uniformité dans la tarification des soins à travers les différentes structures sanitaires de l’île. Selon cette organisation citoyenne, les frais pour les soins ambulatoires sont passés de 5 000 à 9 000 francs congolais. Certains traitements qui coûtaient environ 45 000 francs congolais en 2024 dépassent aujourd’hui les 90 000 francs, alors que les revenus de la population n’ont pas évolué.

« La population traverse une situation très préoccupante. Nous considérons aujourd’hui qu’il s’agit aussi d’une guerre financière. La facturation varie selon les IT et selon les aires de santé », déplore Amos Buyeye.

Interrogé sur ces accusations, le médecin-chef de la zone de santé d’Idjwi, le docteur Aimé Nkemba, rejette l’idée d’une augmentation volontaire des prix. Il explique que cette situation est principalement liée à l’arrêt d’un projet financé par la Banque mondiale, qui subventionnait une partie des coûts des soins dans les structures sanitaires.

« Les prix dans les formations sanitaires n’ont pas augmenté volontairement. Il y a eu un incident dans la mise en œuvre d’un projet de la Banque mondiale qui assurait l’achat stratégique et subventionnait une partie des coûts des soins. Avec l’arrêt de ce projet, les structures sanitaires ont dû revenir à la tarification initiale », précise-t-il.

Le docteur Aimé Nkemba rappelle toutefois que certaines catégories continuent de bénéficier de la gratuité des soins, notamment les femmes enceintes lors des accouchements, les nouveau-nés, les enfants souffrant de malnutrition ainsi que les personnes indigentes.

Il souligne également que l’instabilité du taux de change et les difficultés d’approvisionnement en médicaments compliquent davantage la situation dans les structures sanitaires locales, dont les tarifs n’avaient pas été révisés depuis près de trois ans.

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Le responsable sanitaire appelle ainsi la population à ne pas considérer les soignants comme responsables de cette crise.

« Nous devons plutôt réfléchir à la manière d’appuyer le secteur de la santé afin de garantir des soins de qualité et la disponibilité permanente des médicaments au niveau local. C’est aussi notre appel aux autorités ainsi qu’aux organisations locales, nationales et internationales », insiste-t-il.

Alors que l’épidémie de rougeole continue de progresser dans certaines localités d’Idjwi, cette situation met en évidence la fragilité d’un système de santé fortement dépendant des financements extérieurs.

Plusieurs acteurs locaux estiment qu’une intervention urgente des autorités provinciales et des partenaires humanitaires est nécessaire afin de stabiliser les prix des médicaments et éviter une aggravation de la crise sanitaire dans cette partie du Sud-Kivu.

Landry Barhalibirhu & Pascaline Busime Stagiaire UOB)

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