La plaine de la Ruzizi, considérée comme l’un des principaux greniers agricoles du Sud-Kivu, fait face à un défi majeur : un système d’irrigation vieillissant qui ne répond plus aux besoins croissants des agriculteurs. Malgré l’abondance des ressources en eau et la fertilité des terres, la dégradation des infrastructures limite la production agricole, particulièrement durant la saison sèche.
S’étendant de Katogota à Kawizi, la plaine de la Ruzizi est réputée pour la culture du riz, du maïs, du haricot, de la patate douce, de la tomate, de l’arachide ainsi que de nombreuses autres cultures vivrières. Alimentée par les eaux de la Ruzizi, de la Ruvubu, de la Shanje et d’autres cours d’eau, cette région dispose d’un potentiel lui permettant de produire des récoltes tout au long de l’année.
Cependant, selon plusieurs agriculteurs rencontrés sur place, le système d’irrigation mis en place depuis les années 1950 est aujourd’hui fortement dégradé. Les principaux canaux, notamment ceux de Kiliba, Runingu et Sange, existent toujours, mais de nombreuses sections sont détériorées, insuffisamment entretenues ou ne permettent plus d’acheminer suffisamment d’eau jusqu’aux parcelles.
Une grande partie de l’eau se perd en cours de route en raison du mauvais état des ouvrages et des sols sablonneux, réduisant considérablement les quantités disponibles pour les exploitations agricoles.
Cette situation affecte directement la production. Si les rizières continuent de bénéficier, dans une certaine mesure, de l’irrigation, plusieurs autres cultures sont abandonnées durant la saison sèche, faute d’un approvisionnement suffisant en eau.
Les producteurs estiment que la réhabilitation des infrastructures devient urgente. Ils dénoncent le faible niveau des investissements consacrés à l’entretien des canaux alors que la population augmente et que les besoins alimentaires deviennent de plus en plus importants.
Pour M. Lwatunda Ciza, cultivateur dans la plaine de la Ruzizi, les difficultés ne concernent pas uniquement l’irrigation. Il explique que durant la saison sèche, la divagation des animaux détruit régulièrement les champs encore cultivés, décourageant de nombreux producteurs.
Selon lui, les services de l’agriculture et de l’environnement devraient renforcer la sensibilisation des éleveurs et faire respecter les mesures de protection des cultures. Face aux effets du changement climatique, il considère désormais l’irrigation comme une nécessité incontournable pour maintenir la production agricole.
De son côté, M. Byamungu Shamamba, coordonnateur de la Nouvelle Société Civile de la chefferie de la Plaine de la Ruzizi, estime que les différents canaux nécessitent une réhabilitation urgente. Il regrette également le manque d’entretien régulier des ouvrages hydrauliques et souligne que certains producteurs ne maîtrisent pas encore pleinement les techniques modernes d’irrigation.
Selon lui, une meilleure organisation des agriculteurs, associée à un accompagnement des autorités et des partenaires, permettrait d’augmenter considérablement les rendements agricoles et de renforcer la lutte contre l’insécurité alimentaire.
Les acteurs locaux rappellent que plusieurs pays ont démontré l’importance de l’irrigation dans le développement agricole. Ils citent notamment l’exemple de l’Égypte, qui exploite depuis des siècles les eaux du Nil pour soutenir une importante production agricole malgré un climat largement désertique.
Ils estiment que la République démocratique du Congo, qui dispose d’immenses ressources en eau et de vastes terres fertiles, pourrait obtenir des résultats similaires en modernisant les infrastructures de la plaine de la Ruzizi.
Les agriculteurs appellent ainsi les autorités congolaises, les partenaires techniques et financiers, les organisations internationales ainsi que les ONG à faire de la modernisation du système d’irrigation une priorité. Ils plaident pour la réhabilitation des anciens canaux, la construction de nouvelles infrastructures hydrauliques, le renforcement de la gestion communautaire de l’eau et un meilleur accompagnement technique des producteurs.
Selon eux, investir dans l’irrigation de la plaine de la Ruzizi contribuerait non seulement à améliorer les conditions de vie des populations locales, mais aussi à renforcer durablement la sécurité alimentaire au Sud-Kivu et dans l’ensemble de la République démocratique du Congo, tout en atténuant les effets du changement climatique.
