Les effets du changement climatique se font de plus en plus sentir dans la plaine de la Ruzizi, au Sud-Kivu, où les agriculteurs constatent une profonde perturbation des saisons agricoles. La modification du calendrier des pluies, la baisse des récoltes, la recrudescence des maladies des plantes et la disparition progressive de plusieurs cultures inquiètent producteurs et spécialistes, qui appellent à des actions urgentes pour préserver la sécurité alimentaire de la région.
Selon plusieurs agriculteurs rencontrés dans la plaine, les saisons ne suivent plus leur rythme habituel. Alors que la grande saison sèche débutait traditionnellement au mois de juillet, permettant les semis dès septembre, celle-ci s’est installée cette année dès le mois d’avril. Les précipitations, même pendant la saison des pluies, sont devenues faibles et irrégulières, compliquant la préparation des champs et réduisant considérablement les rendements agricoles.
Cette évolution du climat entraîne progressivement la disparition de plusieurs cultures autrefois abondantes dans la région. La patate douce, la canne à sucre, les arachides, les ignames, les bananiers ainsi que le sorgho sont désormais de moins en moins cultivés. Les producteurs continuent certes à produire du maïs, des haricots, du manioc et du riz, mais dans des conditions de plus en plus difficiles.
À cette situation s’ajoute la multiplication des maladies qui affectent les cultures. Les agriculteurs rappellent que, par le passé, les plantes étaient rarement attaquées et ne nécessitaient pratiquement aucun traitement phytosanitaire. Aujourd’hui, malgré le recours fréquent aux produits de traitement, les récoltes restent faibles, alimentant les inquiétudes des producteurs.
Pour Richard Mubembe, agronome et défenseur de l’environnement, cette dégradation est directement liée à la disparition progressive du couvert forestier dans les montagnes qui entourent la plaine de la Ruzizi.
Selon lui, le déboisement massif favorise l’érosion des sols, réduit la capacité des montagnes à retenir l’eau et contribue à la diminution des précipitations ainsi qu’à l’augmentation des températures.
« L’arbre joue un rôle essentiel dans la protection de l’environnement. Il contribue à la conservation de l’eau, protège les sols et participe à la régulation du climat. Sans reboisement, les difficultés agricoles continueront de s’aggraver », explique-t-il.
Dans la plaine, le déboisement est devenu une réalité visible. De nombreux arbres ont été abattus pour la fabrication du charbon de bois, la cuisson des briques ou encore comme bois de chauffage. Même plusieurs arbres fruitiers, notamment les manguiers et les avocatiers, n’ont pas été épargnés.
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Face à cette situation, plusieurs habitants souhaitent bénéficier de l’appui des organisations humanitaires et des partenaires afin d’obtenir des pépinières destinées au reboisement de la région.
À Kamanyola, des jeunes ayant requis l’anonymat demandent aux autorités de faire appliquer les mesures de protection des montagnes. Ils proposent également l’organisation de travaux communautaires inspirés du « Salongo » pour planter des arbres sur les collines dont les propriétaires ne sont pas identifiés.
La saison sèche 2025-2026 accentue davantage les inquiétudes. Les habitants décrivent une chaleur inhabituelle qu’ils comparent désormais aux conditions climatiques d’un désert.
Pour le géographe Ciza Lwatunda, enseignant du secondaire, cette évolution constitue un signal d’alarme. Il regrette que de nombreuses personnes, notamment des élèves, étudiants et intellectuels, connaissent les conséquences du changement climatique sans pour autant adopter des comportements favorables à la protection de l’environnement.
Il appelle l’ensemble de la population à passer de la sensibilisation aux actions concrètes afin de préserver les ressources naturelles de la région.
Les organisations humanitaires, les médias, les autorités publiques ainsi que les communautés locales sont également invités à renforcer les campagnes de sensibilisation et les initiatives de reboisement. Selon plusieurs observateurs, sans une mobilisation collective, la plaine de la Ruzizi pourrait faire face, dans les prochaines années, à une grave crise agricole et alimentaire.
