Médecins Sans Frontières (MSF) alerte sur les obstacles croissants à la prise en charge des victimes et survivantes de violences sexuelles au Nord-Kivu. Dans une communication publiée lundi 2 novembre 2026 à Goma, l’organisation dénonce des mesures imposées par les autorités de facto, identifiées comme le Front pour la refondation de la nation (FRN), anciennement AFC-M23, qui compliqueraient l’accès aux soins médicaux et compromettraient la confidentialité des consultations.
Selon MSF, plusieurs restrictions ont été imposées depuis le début de l’année 2026 aux professionnels de santé, aux structures médicales et aux organisations humanitaires intervenant auprès des victimes de violences sexuelles.
Parmi les mesures dénoncées figurent l’obligation de présenter des blessures visibles pour que les faits soient reconnus, la réalisation d’examens physiques intrusifs considérés comme médicalement inutiles, ainsi que l’obligation de se présenter à la police avant de recevoir des soins. L’accès aux services médicaux serait également limité aux personnes qui consultent dans les 72 heures suivant l’agression.
L’organisation signale aussi l’utilisation de formulaires comportant des questions qu’elle juge intrusives et stigmatisantes, notamment sur l’identité et l’adresse des survivantes ainsi que sur les auteurs présumés des violences. Pour MSF, ces pratiques portent atteinte au secret médical et peuvent exposer davantage les victimes à des risques.
Une baisse de 41 % des consultations en août 2026
Ces restrictions auraient déjà des conséquences sur la prise en charge médicale. Dans plusieurs centres de santé soutenus par MSF au Nord-Kivu, le nombre de consultations liées aux violences sexuelles a considérablement diminué.
Les données recueillies dans certaines structures sanitaires font état d’une baisse de 41 % du nombre de personnes ayant sollicité ces soins en août 2026, comparativement à janvier de la même année.
Dans d’autres établissements, le nombre de victimes prises en charge serait passé d’environ 80 par mois en 2025 à seulement neuf par mois en 2026. MSF signale également l’effacement de dizaines d’enregistrements de consultations dans certains centres de santé.
Pour l’organisation humanitaire, cette diminution des consultations ne traduit pas nécessairement une baisse des violences sexuelles, mais plutôt les difficultés rencontrées par les survivantes pour accéder à une assistance médicale.
« Rendre la crise moins visible ne fait pas disparaître la violence sous-jacente », souligne Akke Boere, directrice des opérations de MSF.
MSF réclame la levée des restrictions
L’organisation affirme avoir engagé plusieurs échanges avec les autorités de facto, notamment avec la direction du FRN. Ces discussions auraient débouché, en octobre 2026, sur des engagements visant à corriger la situation. Toutefois, selon MSF, les mesures restrictives restent en vigueur.
Elle appelle ainsi le FRN à mettre immédiatement en œuvre les engagements pris, à garantir la confidentialité des consultations et à protéger les professionnels de santé contre les pressions et les menaces.
MSF rappelle que l’accès aux soins ne doit jamais être conditionné au dépôt d’une plainte ou à un signalement auprès des autorités. Les victimes doivent pouvoir bénéficier d’une prise en charge médicale sans craindre des intimidations ou des représailles.
Plus de 19.400 personnes prises en charge au premier semestre 2026
Dans l’est de la République démocratique du Congo, les violences sexuelles demeurent une préoccupation humanitaire majeure, dans un contexte marqué par des décennies de conflits armés et des difficultés persistantes en matière de protection et d’accès à la justice.
MSF indique intervenir actuellement dans 16 projets au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri pour assurer des soins aux victimes et aux survivantes.
À l’échelle nationale, l’organisation affirme avoir pris en charge près de 45.000 personnes en 2024, puis 53.000 en 2025. Au cours du seul premier semestre 2026, ses équipes ont assisté plus de 19.400 personnes victimes de violences sexuelles au Nord-Kivu.
