Une coalition d’organisations de la société civile congolaise alerte sur la dégradation accélérée des écosystèmes du Parc national de l’Upemba et de ses zones périphériques, notamment à Bena-Mulumbu et Kipafu. Dans une correspondance adressée le 28 septembre 2026 au président de la République, ces organisations demandent une mission d’enquête et de vérification interinstitutionnelle afin de clarifier la situation des activités minières et leur conformité avec la législation congolaise.
Dans cette correspondance adressée depuis Lubumbashi au président de la République, la coalition des organisations non gouvernementales de la société civile du secteur environnemental, de la gouvernance des ressources naturelles, des droits humains, du foncier et de l’aménagement du territoire sollicite une intervention institutionnelle urgente pour renforcer la protection du Parc national de l’Upemba et de ses zones périphériques.
Les organisations signataires affirment que leurs derniers rapports de suivi de terrain dans le paysage de l’Upemba ont permis de relever deux situations qu’elles jugent préoccupantes sur les plans juridique, institutionnel et sécuritaire.
Des activités minières signalées dans la zone intégrale du parc
Dans le secteur de Bena-Mulumbu, situé dans la zone intégrale du Parc national de l’Upemba, les organisations affirment que leurs observations de terrain et leurs analyses cartographiques ont documenté la présence de sites d’exploration et d’exploitation minières.
Elles citent notamment la présence de moteurs lourds, d’infrastructures, de personnel local et chinois ainsi que des activités de prospection à l’intérieur même de la zone intégrale du parc.
Face à cette situation, la coalition estime primordial d’établir la conformité légale de ces opérations. Elle demande notamment de vérifier les titres miniers détenus, les autorisations qui auraient été délivrées ainsi que le respect du cadre réglementaire applicable aux aires protégées.
Une forte pression extractive signalée à Kipafu
Dans le secteur de Kipafu, situé dans le domaine de chasse de Lubudi-Sampwe, la coalition signale également une forte pression extractive, notamment dans les environs de Kyubo.
Selon les organisations, cette activité est caractérisée par la présence massive de matériels lourds, dont une excavatrice, ainsi que par des regroupements de creuseurs et de ressortissants chinois.
La coalition demande que la situation de ces activités soit examinée par les institutions compétentes afin de déterminer leur statut juridique et leur conformité aux dispositions en vigueur.
Des préoccupations liées à la situation sécuritaire
Les organisations signataires soulignent que cette dynamique d’exploitation intervient dans un contexte sécuritaire qu’elles qualifient de particulièrement précaire, marqué notamment par la résurgence de groupes armés Maï-Maï.
Elles évoquent également la récente attaque contre la cité de Kyubo, qui aurait coûté la vie à sept personnes, dont des femmes et des enfants.
Pour la coalition, l’absence d’une intervention ferme pourrait créer un environnement favorable aux ennemis de la paix et compromettre les efforts de stabilisation du pays.
Les organisations s’inquiètent également de la présence conjointe de personnels des forces de sécurité dans certains secteurs privés d’exploitation extractive. Elles demandent une clarification urgente de cette situation afin d’éviter toute ambiguïté stratégique.
La loi sur la conservation de la nature invoquée
Dans leur correspondance, les organisations rappellent les dispositions de la Loi n°14/003 du 11 février 2014 relative à la conservation de la nature, présentée comme le texte de référence en matière de conservation en République démocratique du Congo.
Elles citent notamment l’article 25, qui dispose que toute activité incompatible avec les objectifs de conservation est interdite dans les aires protégées.
Elles invoquent également l’article 30, qui précise que les terres, forêts domaniales et cours d’eau situés dans les aires protégées ne peuvent recevoir une affectation incompatible avec les objectifs de conservation.
Une mission interinstitutionnelle demandée
Préoccupée par les impacts directs de ces activités sur la conservation, les droits des populations locales et la sécurité, la coalition demande au président de la République d’ordonner une mission d’enquête et de vérification interinstitutionnelle coordonnée.
Cette mission devrait réunir notamment le ministère de l’Environnement, le ministère des Mines, le ministère de la Défense, le ministère de l’Intérieur, l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) et le Cadastre minier.
Selon les organisations, cette mission devrait permettre de clarifier la géolocalisation exacte et le statut juridique des sites occupés, de vérifier la conformité des titres, contrats et autorisations délivrés et d’évaluer l’impact des activités extractives sur la sécurité des populations, de la région et sur la préservation du parc.
La coalition demande également la suspension conservatoire de toutes les activités extractives dans la zone intégrale du Parc national de l’Upemba et dans ses zones tampons.
Elle plaide par ailleurs pour un renforcement des mesures de protection et de sécurité en faveur des populations civiles, des écogardes, des zones écologiques et des infrastructures critiques du paysage de l’Upemba.
Lechwe d’Upemba et biodiversité menacée
Dans leur alerte, les organisations insistent sur la valeur écologique du Parc national de l’Upemba, qui abrite plusieurs espèces qu’elles présentent comme particulièrement menacées.
Elles citent notamment le Lechwe d’Upemba (Kobus anselli), présenté comme une espèce en danger critique d’extinction dont moins de 100 individus matures subsisteraient dans le monde.
Le parc abrite également, selon la coalition, la dernière population de zèbres sauvages (Equus quagga boehmi) vivant encore à l’état naturel en République démocratique du Congo, ainsi que des éléphants de savane, des buffles et plusieurs espèces d’oiseaux remarquables, dont la grue caronculée et la grue couronnée.
La coalition souligne également l’importance de la biodiversité aquatique du parc, à laquelle elle attribue 247 espèces indigènes, dont 45 endémiques.
À travers cette démarche, les organisations affirment vouloir accompagner l’État congolais dans l’accès à une information factuelle et vérifiée, tout en appelant à garantir la primauté du droit, la protection des populations civiles et la préservation du patrimoine naturel.
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Elles disent également vouloir contribuer à la protection du statut de la République démocratique du Congo comme « Pays-Solution » face au changement climatique, en appelant à la concrétisation sur le terrain des engagements pris en matière de protection de l’environnement.
La correspondance est signée au nom de plusieurs organisations de la société civile actives notamment dans les domaines de l’environnement, de la gouvernance des ressources naturelles, des droits humains, du foncier et du développement communautaire.
