La République démocratique du Congo, au cœur de la nouvelle course mondiale aux minerais critiques grâce à ses immenses réserves de cobalt, de cuivre et de coltan, doit éviter de considérer cette ruée comme une opportunité automatique de développement. C’est l’avertissement lancé par Frederic Mousseau, directeur des politiques de l’Oakland Institute, qui appelle à placer les intérêts des populations, la protection de l’environnement et les générations futures au centre de la politique minière congolaise.
Cette analyse intervient après la publication du rapport de l’Oakland Institute intitulé « Ruée sur les minerais : une guerre contre les peuples et la planète ». L’étude remet en question l’idée selon laquelle l’accélération mondiale de l’exploitation des minerais critiques serait principalement dictée par les besoins de la transition énergétique. Selon le rapport, plus de 70 % de la demande actuelle serait plutôt liée à d’autres secteurs, notamment le numérique, l’armement et diverses technologies du XXIᵉ siècle.
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Pour Frederic Mousseau, cette réalité revêt une importance particulière pour la RDC, qui occupe une place stratégique dans cette compétition mondiale pour l’accès aux ressources.
Avec environ 70 % des réserves mondiales de cobalt, d’importantes ressources en cuivre ainsi que d’autres minerais stratégiques comme le coltan, la RDC se retrouve au centre des intérêts économiques et géopolitiques des grandes puissances. Mais cette position ne garantit pas, à elle seule, que l’exploitation accrue des ressources profitera aux Congolais, estime-t-il.
Des revenus miniers, mais à quel prix ?
Selon le directeur des politiques de l’Oakland Institute, il est compréhensible que la population puisse voir dans l’abondance des minerais une possibilité de générer davantage de revenus et de financer le développement du pays.
Cependant, il invite à regarder au-delà des promesses économiques.
« Certaines peuvent se dire que finalement c’est peut-être une bonne nouvelle pour notre pays puisqu’on a tous ces minerais qui sont là », explique-t-il, avant de souligner que cette ruée soulève de nombreuses questions pour la RDC.
L’une de ses principales préoccupations concerne les conditions dans lesquelles les nouveaux partenariats miniers sont négociés, notamment le partenariat stratégique conclu entre la RDC et les États-Unis.
Selon Frederic Mousseau, cet accord suscite des interrogations sur la place accordée aux communautés affectées par l’exploitation minière, au partage des revenus et à la protection de l’environnement.
Il estime notamment que les communautés locales et les populations victimes des conséquences de plusieurs décennies d’exploitation minière doivent être davantage prises en compte dans les politiques et accords relatifs aux ressources naturelles.
Pollution et conséquences pour les communautés
Le rapport et les explications de Frederic Mousseau mettent également l’accent sur les conséquences environnementales et sanitaires liées à l’exploitation minière.
Selon lui, plusieurs régions de la RDC sont confrontées à des problèmes liés à la pollution des cours d’eau et des terres, avec des conséquences potentiellement graves pour les populations.
Pour le responsable de l’Oakland Institute, la recherche de revenus immédiats ne devrait pas faire oublier les dégâts susceptibles de compromettre durablement les moyens de subsistance des communautés.
« Même si aujourd’hui on peut avoir des revenus à court terme », prévient-il, la pollution des terres et de l’eau peut entraîner des dommages difficiles, voire impossibles, à réparer pour les générations futures.
Cette réflexion rejoint l’une des principales conclusions du rapport : la question des minerais ne doit pas être examinée uniquement sous l’angle de la quantité des ressources disponibles ou des investissements annoncés, mais également à travers une interrogation fondamentale : qui bénéficie réellement de leur exploitation et qui en supporte les conséquences ?
Le plaidoyer pour le retour de l’agriculture
Frederic Mousseau attire également l’attention sur un autre défi majeur : la dépendance de la RDC aux exportations minières alors que le pays continue d’importer massivement des produits alimentaires.
Il s’interroge ainsi sur la place accordée à l’agriculture dans la stratégie nationale de développement.
Selon lui, la richesse du sous-sol ne devrait pas conduire à négliger les secteurs essentiels à la sécurité alimentaire et à l’amélioration des conditions de vie des populations.
« Où est passée l’agriculture, où sont passés les paysans congolais dans la politique du président Tshisekedi ? », s’interroge-t-il, appelant à remettre les intérêts des populations et des générations futures au centre des priorités.
Les minerais au cœur des enjeux géopolitiques
Au-delà des questions économiques et environnementales, le rapport souligne également la dimension stratégique et géopolitique croissante des minerais critiques.
Frederic Mousseau explique que les grandes puissances cherchent à sécuriser leur accès à ces ressources, indispensables à plusieurs secteurs industriels, technologiques et militaires.
Cette compétition mondiale place donc la RDC dans une position stratégique, mais également dans une situation où les intérêts internationaux peuvent influencer fortement les décisions concernant ses ressources.
Le responsable de l’Oakland Institute invite ainsi les Congolais à ne pas considérer les partenariats internationaux comme des garanties automatiques de paix ou de développement, mais à examiner attentivement leurs implications économiques, sociales et géopolitiques.
Mettre les populations au centre
Pour Frederic Mousseau, la véritable question pour la RDC n’est donc pas simplement de savoir comment extraire davantage de minerais.
Le défi consiste plutôt à définir dans quelles conditions ces ressources doivent être exploitées, au profit de qui et avec quelles garanties pour les communautés et l’environnement.
La ruée mondiale vers les minerais peut représenter une source importante de revenus pour la RDC. Mais, selon l’analyse développée par l’Oakland Institute, elle pourrait également reproduire les déséquilibres historiques liés à l’exploitation des ressources naturelles si les intérêts des populations locales, la transparence, le partage équitable des revenus et la protection de l’environnement ne sont pas suffisamment garantis.
Pour le Directeur des politiques de l’Oakland Institute, il devient ainsi urgent de replacer au centre du débat une ambition essentielle : faire en sorte que l’immense richesse du sous-sol congolais contribue réellement au présent et à l’avenir des Congolais, plutôt qu’à répondre principalement aux besoins stratégiques des puissances et industries étrangères.

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