Sud-Kivu : après près de deux ans d’interruption du suivi, les pisteurs retrouvent le silverback Mpungwe et sa famille au PNKB

Gorille des montagnes « Bukima »

Le silverback Mpungwe et sa famille ont été retrouvés dans la forêt de Tshivanga, au Parc national de Kahuzi-Biega (PNKB), au Sud-Kivu. Les 4 et 5 novembre 2026, les pisteurs ont localisé ce groupe dans la périphérie du mont Bugulumiza et dénombré 14 individus, dont deux juvéniles. Il s’agit de la première famille de gorilles retrouvée par les équipes depuis la suspension des activités de suivi en février 2025, à la suite de la dégradation de la situation sécuritaire dans la province.

Cette découverte marque une étape dans la reprise progressive des activités de conservation du Parc, dont les équipes tentent de renouer avec le suivi de la faune après plusieurs mois d’interruption. Elle intervient toutefois dans un contexte de pressions persistantes sur les ressources naturelles et l’habitat des gorilles de Grauer.

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Pour retrouver les traces de Mpungwe et de sa famille, les pisteurs ont exploité les indices laissés dans la forêt, notamment des nids et des excréments frais, avant de parvenir à observer directement les animaux. Selon la communication du PNKB, les gorilles sont restés calmes à la vue de l’équipe et ont poursuivi leurs activités dans leur habitat naturel.

Le dernier recensement de cette famille, effectué avant la suspension des activités en février 2025, faisait état de 16 individus. Les 14 gorilles observés lors de cette récente mission constituent ainsi de nouvelles données pour le suivi du groupe. La direction du Parc précise que ces informations permettront d’actualiser les données sur la composition des familles et de suivre leur évolution. Cette différence de décompte ne permet cependant pas, à elle seule, de conclure à une diminution de la population.

Au cours de leur progression, les pisteurs ont également relevé des signes de pression humaine sur l’habitat des gorilles. Ils ont notamment découvert des structures attribuées à des braconniers et associées à des activités de coupe et de sciage illégaux du bois.

Une reprise progressive après dix-huit mois d’interruption

Cette mission de suivi intervient quelques mois après la relance publique de la mobilisation des écogardes. Le 31 juillet 2026, le PNKB avait célébré la Journée mondiale des écogardes à son quartier général de Tshivanga, en territoire de Kabare. Plus de 300 personnes, parmi lesquelles des écogardes, des agents administratifs, des partenaires techniques et des représentants des communautés riveraines, dont les Peuples autochtones Wambuti, avaient pris part à cette activité.

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Il s’agissait de la première activité officielle organisée à Tshivanga depuis la suspension, en février 2025, de la majorité des activités du Parc en raison de l’insécurité dans l’est de la RDC.

À cette occasion, le chef de site du PNKB, Arthur Kalonji, avait dressé un bilan préoccupant des conséquences de cette interruption sur la conservation de la biodiversité.

« Après une année et demie d’interruption, nous devons faire le point : où en étions-nous, où en sommes-nous et où allons-nous ? Avec l’arrêt des activités des écogardes, le Parc est resté comme une maison sans fenêtres. Cela a ouvert la voie à une exploitation sans précédent de ses ressources naturelles. Si nous n’agissons pas, l’habitat des gorilles de Grauer va continuer à disparaître. Nous risquons de perdre cette espèce emblématique de notre Parc, comme nous avons déjà perdu les éléphants en haute altitude », avait-il déclaré.

Le responsable avait alors annoncé une reprise progressive des activités de conservation, en fonction de l’évolution de la situation sécuritaire et avec pour priorité la protection des équipes sur le terrain.

Une conférence scientifique organisée en marge de cette célébration avait également permis d’aborder les conséquences de l’insécurité, les effets des changements climatiques, la perte de biodiversité et les mesures nécessaires pour renforcer la sécurité des écogardes. Des experts du PNKB et de l’Université évangélique en Afrique (UEA) avaient contribué aux échanges.

Le braconnage et l’exploitation illégale continuent de menacer le Parc

La reprise des activités intervient alors que plusieurs alertes ont été lancées sur la dégradation des ressources naturelles du PNKB. Dans un communiqué publié le 3 août 2026, le Mouvement des sociétés civiles du Congo (MSCO), inspection territoriale de Kalehe, avait dénoncé la multiplication des activités illégales dans cette aire protégée. L’organisation avait notamment cité l’abattage d’arbres pour la fabrication du charbon de bois, la coupe de bois de construction et le braconnage.

Le MSCO avait également rappelé l’abattage d’un gorille de Grauer survenu le 10 juillet 2026 dans le marais Musisi, à l’intérieur du Parc, non loin de la Route nationale numéro 3, dans le territoire de Kalehe.

Dans un communiqué publié le 19 juillet 2026, la direction du PNKB avait confirmé avoir été informée de cet incident par plusieurs sources locales. Elle avait indiqué que le présumé auteur avait été arrêté puis transféré devant les instances judiciaires de Walikale, au Nord-Kivu, afin de répondre de ses actes.

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La direction du Parc avait dénoncé une atteinte grave à une espèce intégralement protégée et appelé à la poursuite de la procédure judiciaire. Elle avait également rappelé que l’insécurité dans l’est de la RDC réduisait considérablement les capacités de surveillance des équipes.

Le MSCO avait, pour sa part, appelé les populations riveraines et les exploitants illégaux à mettre fin aux activités qui détruisent les habitats naturels. L’organisation avait insisté sur le rôle du PNKB dans la protection des sources d’eau, la régulation des précipitations, la lutte contre l’érosion et la préservation de la biodiversité.

Un patrimoine mondial confronté à des défis de conservation

Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1980, le Parc national de Kahuzi-Biega abrite notamment les gorilles de Grauer, une sous-espèce endémique de la République démocratique du Congo et considérée comme menacée. Le site couvre environ 600.000 hectares et comprend des écosystèmes allant des forêts tropicales de basse altitude aux forêts afro-montagnardes.

Au PNKB, les difficultés sécuritaires, le braconnage, l’exploitation illégale des ressources naturelles et la dégradation des habitats constituent des défis importants pour sa conservation.

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La découverte de Mpungwe et de sa famille représente ainsi un signal encourageant pour les équipes du Parc, sans pour autant effacer l’ampleur des menaces qui persistent. La direction du PNKB entend poursuivre la reprise progressive et adaptative des activités, notamment le suivi des gorilles et la surveillance de la faune et de la flore.

Au-delà de la présence de ces 14 gorilles dans la forêt de Tshivanga, l’enjeu reste désormais de garantir la continuité du suivi et de restaurer les capacités de protection du Parc, afin que les espèces qui y vivent puissent évoluer dans un habitat préservé.

Jean-Luc M.

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