Déforestation, exploitation minière illégale, braconnage et insécurité : le Parc national de Kahuzi-Biega (PNKB) continue de subir les conséquences des conflits armés et des activités humaines illicites. Face à cette situation, la Société civile environnementale du Sud-Kivu appelle les communautés riveraines, les groupes armés et les partenaires à s’impliquer davantage dans la protection de cette aire protégée, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Cette alerte a été lancée à l’occasion de la Journée internationale pour la prévention de l’exploitation de l’environnement en temps de guerre et de conflit armé. Ladislas Witanene, acteur de la société civile environnementale, déplore la dégradation continue du parc dans un contexte marqué par les affrontements armés dans l’est de la République démocratique du Congo.
Selon lui, les groupes armés et certaines populations vivant autour du parc contribuent aux pressions exercées sur ses ressources naturelles.
« Laissez-moi vous dire que le PNKB continue de subir les conséquences néfastes et beaucoup de milliers d’hectares sont perdus du jour au jour. Et ça, c’est un manque à gagner pour nous », déclare-t-il.
Parmi les conséquences évoquées, il cite la perte de biodiversité, la diminution des ressources en eau, la disparition de certains gorilles ainsi que les perturbations climatiques. Il dénonce particulièrement l’impact des activités armées sur la protection de la faune.
« Le PNKB ne respire plus aujourd’hui parce qu’il y a des groupes armés qui ont tourné leurs canons vers le parc au lieu de le protéger. On continue de perdre certains animaux protégés dans ce parc, compte tenu de la guerre et des conflits armés dans et autour du parc de Kahuzi-Biega », déplore-t-il.
Pour la Société civile environnementale, la protection du PNKB ne doit pas reposer uniquement sur les équipes de conservation. Elle appelle notamment les communautés locales à contribuer à la surveillance et à l’alerte sur les activités susceptibles de détruire les ressources naturelles.
« Si la population se réveille et initie des patrouilles communautaires en vue d’alerter toutes les situations qui se passent dans le parc, si les groupes armés se réveillent et disent : “Nous allons barrer la présence humaine” et de toute personne au PNKB, je pense qu’on peut encore protéger ce qui reste », estime Ladislas Witanene.
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La structure recommande également l’organisation de dialogues communautaires sur la conservation du parc, l’identification des personnes présumées responsables de la déforestation et d’autres abus, ainsi que l’implication des Peuples autochtones dans les initiatives de protection. Elle plaide aussi pour un renforcement des financements consacrés aux activités de conservation par les partenaires.
« Même pendant la guerre, même après, nous devons tous contribuer à protéger le PNKB compte tenu des besoins et enjeux de l’heure. Que la guerre ne nous pousse pas à contribuer à la disparition du parc », exhorte la structure.
Cette alerte intervient alors que les activités de surveillance du PNKB, notamment les patrouilles diurnes et nocturnes, ont été suspendues en février 2025 dans plusieurs secteurs en raison de la dégradation de la situation sécuritaire au Sud-Kivu. Cette interruption a réduit les capacités des équipes du parc à contrôler les activités humaines et à protéger la faune et la flore.
Depuis, des inquiétudes ont été exprimées concernant l’intensification de la coupe de bois destinée notamment à la fabrication du charbon de bois et l’exploitation minière illégale dans certaines zones autour du parc, notamment à Cibati et Kabushwa.
La reprise progressive des activités de conservation, annoncée par la direction du PNKB en juillet 2026, puis la localisation de la famille de gorilles de Mpungwe par les pisteurs les 4 et 5 novembre, témoignent des efforts engagés pour renouer avec le suivi de la faune. Mais les menaces relevées sur le terrain rappellent l’ampleur du travail nécessaire pour préserver durablement cet écosystème.
