Au moins 18 jeunes ont participé, mercredi, à Bukavu, à un atelier d’échange consacré à la santé mentale et à la lutte contre la stigmatisation des personnes vivant avec des troubles mentaux. Organisée par les anciens boursiers du Réseau d’innovation organisationnelle (RIO), cette activité s’inscrit dans le cadre du projet « Brisons le silence, la santé mentale nous concerne tous », avec l’appui de Pain pour le Monde (Brot für die Welt).
L’atelier visait à renforcer les connaissances des participants sur la santé mentale, à les aider à reconnaître les signes de troubles mentaux et leurs facteurs, ainsi qu’à leur transmettre des techniques de gestion du stress. Les échanges ont également porté sur les préjugés qui entourent encore cette question au sein des communautés.
Lire aussi : Bukavu : le CICR appelle les médias à renforcer la sensibilisation sur la santé mentale
Le psychologue Rusengo Bashizi John a expliqué qu’une bonne santé mentale permet notamment de faire face au stress, de développer son potentiel et de contribuer à la vie communautaire. Il a également précisé que les troubles mentaux peuvent se manifester par des perturbations de la pensée, de l’humeur ou du comportement, entraînant une souffrance ou des difficultés importantes dans la vie quotidienne.
« Avoir un trouble mental ne signifie pas être “fou”, faible ou dangereux. C’est un problème de santé qui peut toucher n’importe qui et pour lequel il existe des possibilités de soutien et de traitement », a-t-il souligné.
Il a insisté sur l’importance de considérer les troubles mentaux comme des problèmes de santé nécessitant une attention appropriée, notamment lorsque les symptômes sont intenses, persistent dans le temps et perturbent le fonctionnement quotidien.
De son côté, le psychologue Idriss Baninde est revenu sur les différentes manifestations du stress, en distinguant notamment le stress positif, qui peut accompagner certaines situations stimulantes, du stress négatif, susceptible d’affecter le bien-être lorsqu’une personne se sent menacée ou dépassée par une situation.
Les facilitateurs ont recommandé aux participants de partager leurs émotions et de consulter un professionnel de la santé mentale lorsqu’ils constatent des symptômes préoccupants.
Des chiffres qui soulignent l’ampleur du problème
Au cours de l’atelier, des données attribuées à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et à la Division provinciale de la santé (DPS) du Sud-Kivu ont été présentées pour illustrer l’ampleur des problèmes de santé mentale en République démocratique du Congo.
Selon les chiffres présentés, environ 13,5 % de la population congolaise, soit près de 14,2 millions de personnes, vivaient avec un trouble mental en 2021.
Au Sud-Kivu, les services de santé provinciaux auraient rapporté 118.379 cas de troubles mentaux au premier semestre de 2025, dont 10.888 cas de trouble de stress post-traumatique et 6.171 cas de dépression.
Lire aussi : Santé mondiale : le Congolais Jean-Jacques Muyembe reçoit le Prix Virchow 2026
Les travaux en groupes ont ensuite permis aux participants d’identifier plusieurs situations de stigmatisation vécues par les personnes concernées dans leurs communautés. Pour y remédier, ils ont proposé des actions de sensibilisation à travers des conférences et des émissions, la création de clubs de santé dans les écoles et les universités, ainsi qu’une meilleure éducation des enfants au sein des familles.
Les jeunes s’engagent contre la stigmatisation
À l’issue des échanges, les participants se sont engagés à devenir des ambassadeurs de la santé mentale et à contribuer à la lutte contre les préjugés dans leurs milieux de vie.
Akili Ndakali Olivier et Clotilde Mulashe ont notamment promis de commencer la sensibilisation au sein de leurs familles et sur leurs lieux de travail, estimant que le changement doit commencer dans les environnements les plus proches.
L’activité s’est clôturée par des exercices pratiques de gestion du stress. À travers cette initiative, les organisateurs espèrent encourager un changement de comportement et susciter des actions concrètes en faveur des personnes vivant avec des troubles mentaux.
« La stigmatisation ne disparaîtra pas seulement parce que nous en parlons aujourd’hui. Elle diminuera lorsque nous changerons la manière dont nous parlons, pensons et agissons envers les personnes concernées », ont insisté les organisateurs.
