Huit défenseurs de l’environnement sont détenus depuis près d’un mois à la prison centrale d’Isiro, dans la province du Haut-Uélé. Dans un « appel urgent » daté du 21 septembre 2026, le consortium FDAPID-ACEDH réclame leur libération immédiate et sans condition.
Selon ce consortium, les huit personnes ont été arrêtées entre les 24, 26 et 27 août 2026 dans des circonstances différentes.
Lire aussi : RDC : l’ACEDH alerte sur 23 cas de poursuites visant des défenseurs de l’environnement
Des arrestations en trois temps
Sept des personnes détenues seraient de jeunes aspirants écogardes, ayant, selon le consortium, franchi les différentes étapes d’un processus de recrutement organisé par l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN).
Six d’entre eux auraient été interpellés à l’Auditorat de garnison d’Isiro, où ils s’étaient présentés à la suite d’une invitation de l’auditeur.
D’autres ont été arrêtés alors qu’ils suivaient leur formation à Maïka-Penge, une réserve située dans la province du Haut-Uélé et relevant du dispositif de conservation. Les documents de planification provinciale identifient notamment le braconnage et l’exploitation forestière et minière artisanale parmi les pressions qui affectent les aires protégées de la province.
La huitième personne détenue serait, quant à elle, un agent de l’ONG Initiative pour le développement et l’éducation multisectoriel (IDEM), engagée dans des activités de protection de l’environnement.
Des accusations que les ONG jugent non étayées
Le consortium FDAPID-ACEDH affirme que les huit détenus sont assimilés à une « force négative » liée aux ADF, sans que des éléments de preuve établissant cette accusation aient été présentés, selon lui.
Les organisations estiment que les arrestations sont abusives et contestent les motifs avancés contre les personnes détenues.
Elles invoquent notamment l’article 53 de la Constitution congolaise, qui consacre le droit de toute personne à un environnement sain ainsi que le devoir de le défendre.
Le consortium estime également que la situation soulève des questions au regard des garanties constitutionnelles relatives à la liberté individuelle, à la procédure judiciaire et aux droits de la défense, notamment celles prévues aux articles 17 et 19 de la Constitution.
Ces affirmations constituent la position du consortium et n’ont pas été corroborées, dans les éléments disponibles, par une décision judiciaire établissant la culpabilité des personnes détenues.
Lire aussi : RDC : plus de douze défenseurs de l’environnement tués en huit mois, alerte l’ACEDH
Une réserve confrontée à plusieurs pressions
Pour les organisations signataires, cette affaire intervient dans un contexte particulièrement sensible pour la conservation à Maïka-Penge.
La réserve fait face à différentes pressions liées notamment au braconnage ainsi qu’à l’exploitation illégale des ressources naturelles, alors que les futurs écogardes sont précisément appelés à contribuer à la protection de ces espaces.
Le consortium considère que les poursuites visant ces jeunes pourraient décourager d’autres personnes de s’engager dans la conservation de la nature.
Il estime également que cette situation est susceptible d’affecter les efforts engagés autour de la protection de l’environnement et de la justice climatique en RDC, ainsi que les initiatives liées au Couloir vert Kivu-Kinshasa.
Les demandes adressées aux autorités
Face à cette situation, le consortium FDAPID-ACEDH formule plusieurs demandes aux autorités congolaises.
Au ministre de la Justice, il demande d’ordonner la libération immédiate et sans condition des huit détenus, de garantir un environnement sûr aux défenseurs de l’environnement et de veiller au respect des droits de la défense, du droit à un procès équitable et de la présomption d’innocence.
À la ministre de l’Environnement, les organisations demandent de mettre en œuvre les engagements nationaux et internationaux relatifs à la protection des défenseurs de l’environnement et de garantir la sécurité des écogardes confrontés, selon elles, à des menaces et intimidations.
Enfin, elles demandent à l’auditeur militaire supérieur près la Cour militaire de la Tshopo et du Haut-Uélé de faire la lumière sur les circonstances, les motifs et les conditions dans lesquelles les huit personnes ont été arrêtées.
Le consortium appelle également au renforcement des mécanismes destinés à prévenir les arrestations qu’il considère comme arbitraires et à garantir la protection des personnes engagées dans la défense de l’environnement.
